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La terminologie ancienne du ANDA

LA TERMINOLOGIE ANCIENNE DU ANDA
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par Damir BEN ALI

Le terme anda qui signifie coutume en arabe, désigne à Ngazidja, l’une ou l’ensemble des manifestations qui marquent les étapes par lesquelles l’homme ou la femme accède au statut de majeur social. Ce sont les wastaanrab, formés en théologie, à Zanzibar et en Arabie, qui, après la première guerre mondiale, l’ont rendu populaire et qui ont introduit les waandhwi (prêches) et les cérémonies à caractère religieux telles que le madjlis dans le programme des festivités du mariage.

Les expressions les plus anciennes connues pour nommer la coutume sont : urenda undru et shungu. Le premier signifie réaliser l’être humain ou humaniser l’être. Mdru = homme, undru = l’humain ou l’humanité. Dans la pensée comorienne, on ne nait pas homme ont le devient. Par la volonté de Dieu, la nature produit un mdrandrabo (un faux humain), une créature à forme humaine. Ce sont les qualités acquises par le processus d’intégration sociale qui donnent à l’être sa réalité humaine. Les Comoriens ne considèrent pas l’individu en lui même ; ils ne conçoivent pas qu’il puisse être isolé de son milieu familial et de la manière dont il accomplit ses devoirs envers la société. " L’être pour exister, doit se représenter, jouer son existence pour devenir une réalité concrète ".

Le mot shungu désigne actuellement, à Ngazidja, une cheminée du Karthala ou une pipe. Dans les autres îles, il désigne une manifestation ou l’ensemble des manifestations qui entrent dans le système d’échanges coutumiers des dons et contre-dons.

A l’origine, shungu signifie nourriture fumante. C’est un grand repas préparé sur la place cérémonielle du village, dans une ou plusieurs grandes marmites, djungu ou nkarinka qui peuvent contenir chacune un plusieurs igozi de padis. L’igozi vaut 80 Kg de padis. La cuisson était sommaire. Dès que le mvushe (riz fumant, non cuit à point) entre les foyers. Il était ensuite séché au soleil et conservé pour une consommation de plusieurs jours. Le shungu était accompagné de viande. Un bœuf était tué, sommairement grillé avec sa peau, et la viande était distribuée. Cette répartition était naturellement accompagnée des chants et des danses aussi bien masculines que féminines et des travaux communautaires de récoltés, de portage, de décorticage de riz voire de construction de la maison des jeunes mariés.

Le shungu impose un cursus unique de réalisation du undru en définissant des points de repère sur la dynamique de la vie sociale. Il répertoire les événements qui marquent les étapes du cycle de vie ; la naissance, la première coupe de cheveux, la circoncision, ma puberté, le mariage, les funérailles etc. Ils les théâtralisent dans le champ d’action où l’homme réalise son humanité. Le shungu constitue un code qui situe l’homme dans des hinya (lignage), des hirimu ou beya (catégories d’âge) des midji ou trengwe (cercles sociaux) qui trouvent, eux-mêmes, leur place dans l’ordonnance hiérarchisée de la société.

Une première série des manifestations insère le jeune homme dans la hiérarchie des wanamdji (les enfants de l’espace villageois) à Ngazidja, de wanahirimu (les enfants de la strate sociale) dans les trois autres îles. L’intéressé est alors socialement mineur et n’est pas individuellement responsable en matière pénale devant la communauté. Si un mnamdji commet une faute, tout son hirimu est jugé collectivement et est éventuellement sanctionné.

Une deuxième série de cérémonie donne accès au stade de mrumdzima (l’homme accompli). Il est majeur et responsable individuellement devant la société. Si sa faute est trop grave, sa famille peut être, elle aussi, condamnée au bannissement. En contrepartie, l’honneur et les privilèges du mdrumdzima sont garantis par le milanantsi dans l’ensemble des villages de l'île voire de l’archipel.


Damir BEN ALI
Article publié dans le bulletin trimestriel du CASM, N° 02 ( janvier – Février – Mars 2000)