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Anda na Mila : De vie à Trépas

Anda na Mila : De vie à trepas

Le " anda " ( litt =coutume) est, pour l’écrasante majorité de la population comorienne et plus particulièrement grand-comorienne, a la base de sa civilisation. Cela depuis des siècles...
Il n’y a pas de nouvelles valeurs en dehors du "anda na mila" (lit = us et coutumes) et, de plus en plus une bonne partie de l’activité et de l’action communautaire lui est inféodée. Mais si le anda, basé sur le Grand mariage, est le socle de la civilisation comorienne, il n’existe pas de politique juridique ni institutionnelle de régulation qui tendrait à son uniformisation sur un plan national.

Controverse

Pourtant, au niveau micro-social, toute la vie est intimement liée à ce phénomène solidement ancré dans les comportements collectifs. Le anda est à la fois une machine génératrice de richesse et une incroyable occasion de dépenses littéralement folles, en tout cas dans la presque totalité des cas.

Cet emballement du anda (Grand mariage) est l’œuvre des notables

Ces "derniers gardiens du temple" ont réussi avec la complicité du monde politico-religieux à transformer en doctrine ce qui n’était, il y a quelques dizaines d’années, qu’un simple divertissement.

Aujourd’hui, ces "milanantsistes" ont réussi à convaincre de larges franges de la population de Ngazidja et de plus en plus au-delà, que sans anda le développement communautaire perdrait une bonne partie des ses sources de financement. Leur argumentation s’appuie sur des résultats visibles. Il est vrai que l’habitat familial, l’épargne, la construction de certaines infrastructures communautaires de base, les rassemblements, les divertissement tournent autour du Grand mariage.

Sur ce problème des avantages et des inconvénients du Grand mariage les oppositions sont fortes entre l’ancienne génération et, pour l’essentiel, les jeunes. Ces derniers ne contestent pas les apports socioculturels du anda, mais l’unanimité est loin d’être faite quant à son impact économique. Les réformateurs proposent qu’un minimum de régulation soit appliquée en vue de limiter le gaspillage et remettre le anda dans son contexte culturel. 

Ils soutiennent que le anda devient un gouffre qui enferme l’individu, sa vie durant, dans un labyrinthe incohérent et qu’il y a lieu de l’adapter aux exigences de l’époque que nous vivons. Toujours est-il que ceux qui prouvent la nécessité de changer "les pratiques asphyxiantes" du anda se trouvent soumis à sa dévotion dans le sens où la décision de s’y soumettre ne relève, presque plus, de l’individu mais du micro social et du macro communautaire.

Cependant, tout au long du XXieme siècle des reformes ont été amorcées sans pour autant influer sur les comportements.

Selon les recherches de Damir Ben Ali, tout au début du siècle, une autorité coloniale avait limité le nombre de vaches à abattre.

Beaumer, avait entrepris de limiter le anda, en ce qui concerne le cheptel bovin et caprin. Il avait mobilisé la population sur l’entre aide agricole en proposant de réaliser les fêtes en coupant des pignons d’inde pour la vulgarisation de la vanille. Vers les années 1960, le président Said Mohamed Cheikh avait initié une campagne de sensibilisation contre le gaspillage. Le premier médecin des Comores avait appelé à la prise de conscience sur l’apparition des nouvelles valeurs basées sur le bien être matériel "ye anda ya hatru riwunde madjumba na matomobili ya ho wana hatru". Il fut rappelé à l’ordre par sa propre classe sociale, les notables.

La parenthèse soilihiste

Ce n’est qu’entra 1976 et 1978, que le anda fut réglementé officiellement pendant la Révolution. Les festivités étaient limitées à 24 heures. Un seul animal était autorisé. Les dépenses ostentatoires étaient prohibées. Le mariage ne devait pas être "une affaire de sous mais d’entente mutuelle".

C’était accessible à tous et à toutes. Mais c’était également à coups de gueule, à coups de lois et à coups de poings. La chute de la Révolution a été considérée par les milanantistes comme là réponse de Dieu contre ceux qui ont osé commettre le sacrilège de modifier le anda. L’assassinat d’Ali Soilihi a été toléré. Il a fallu plusieurs années pour décolérer et réhabiliter celui qu’on reconnaîtra comme l’homme du XXeme siècle comorien pour les valeurs humanitaires qu’il incarnait (lire La Gazette des Comores n025 du 30/12/99)

Depuis 1978, les régimes qui se sont succédés ont consolidé à grande pompe le anda pour en faire leur réserve électorale et la base de leur légitimation. Les hommes d’Etat, les hauts fonctionnaires, les opérateurs économiques (pour des raisons facilement compréhensibles) et les chefs religieux apportent leur soutien au développement du anda.

L’appui le plus conséquent nous vient de l’extérieur du pays. La diaspora Comorienne, malgré la prise de conscience qu’elle a pu acquérir sur les changements de l’homme et de son environnent, a fait des vacances d’été, "le printemps du anda". Les mois de juillet, août et septembre, sont devenus la saison pendant laquelle les gens s’exaltent par la concurrence du gaspillage. Pourtant, il paraît qu’à l’origine c’etait plus simple que cela. Selon la légende, c’était une histoire banale de djosho (grillade) dans un petit village de Mbadjini appelé Mindradu. Une simple invitation pour partager un maigre gibier est devenue Maliho. Le pahu.wo (repas offert en échange d’un travail champêtre) est devenu djelewo. La petite galette de sagou partagéé entre amis est devenue mikatre. La simple bénédiction d’un mariage est devenue karamu. Les you-you saluant le mariage sont devenus djaliko twarabu zifafa masambi, lelemama,... le tout demandant la fortune de toute une vie. A l’aube du XXleme siècleAllons-nous, laisser encore longtemps ce lourd fardeau sur les épaules de nos enfants.

Nassur DINI