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Polygamie : Vivre avec deux femmes à la Réunion
 

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Polygamie : Vivre avec deux femmes à la Réunion mise à jour 14/01/2006

 

Article de Jean-Benoit Beven Bunford Paru le 6 janvier 2006 dans

http://www.clicanoo.com/article.php3?id_article=120522

SOCIÉTÉ
Polygamie : Vivre avec deux femmes à la Réunion

Présentée un peu rapidement en novembre dernier comme la racine du mal lors des émeutes de banlieues en métropole, la polygamie est aussi une réalité à la Réunion. Discrète, car officiellement interdite, elle est plus ou moins bien acceptée par les épouses. Comme par les maris. Témoignages.

Chemise bleue électrique, l’indispensable kofia sur la tête, Boura (55 ans) chausse ses savates en s’extirpant doucement de sa chambre. Les yeux éblouis par le soleil, il se passe une main sur le visage et propose en souriant une chaise au visiteur. “À Mayotte, prévient-il d’emblée, ceux qui abordent le sujet, c’est pour tuer la tradition”. Là, on est à Saint-André, dans un logement collectif pour familles mahoraises. Et comme un peu partout à la Réunion, trouver des gens pour évoquer le sujet en question, la polygamie, n’est pas chose aisée.

INTERDITE DEPUIS 1945

Officiellement d’ailleurs, celle-ci n’existe pas. Chez les bailleurs sociaux, à la caisse d’allocation familiale, dans les services des mairies, tout juste évoque-t-on, après insistance, “un sujet tabou”. Et pourtant, “on sait très bien ce qui se passe”, admet finalement la présidente d’une association. Boura, lui, ne s’en cache pas. Alors qu’il avait 40 ans et qu’il était agriculteur à Mayotte, il a pris une seconde épouse. “C’était pour voir”, dit-il sans autre explication. Peut-être aussi pour respecter la tradition, acquérir un peu de prestance au sein de son village. Ça n’a pas très bien marché. “Il y avait sans arrêt des disputes”. Vivre avec deux familles, pour Boura, c’est “compliqué”. Ça lui a même posé “des problèmes de cœur”. Alors un beau jour, il a décidé de répudier sa seconde femme pour rester avec la première. Retour à la monogamie : “c’est mieux”. De l’autre côté de la cour, il y a Mahamoud, 59 ans. Lui est toujours polygame. Depuis “11 ans”. Et s’en porte bien, merci. “Y’a pas à penser, c’est marqué dans le Coran”, précise-t-il. Ça ne veut pas dire que tout est permis. La règle, explique-t-il, est celle du partage équitable entre les épouses. “Si tu peux pas, il faut faire qu’avec une femme”, prévient Mahamoud. Tolérée par la religion musulmane, ancrée de longue date dans la culture mahoraise et comorienne, la polygamie a fort logiquement fait son entrée à la Réunion avec les dernières vagues de migration en provenance de l’archipel. “Vous dire qu’elle n’existe pas sur l’île serait mentir, mais elle est extrêmement discrète”, constate Andinani Saïd Ali, président de la maison de Mayotte. Une discrétion facilement compréhensible. En théorie, la polygamie est interdite en France depuis 1945. Concrètement, elle est plus ou moins tolérée, sans que personne ne connaisse le nombre de familles polygames vivant sur le territoire national. Les chiffres sont d’ailleurs parfois troublants. À la Réunion, les femmes mahoraises vivant seules avec des enfants représenteraient 52% des migrants alors qu’elles ne sont que 13% à Mayotte. Faut-il voir derrière un tel décalage statistique des situations de polygamie camouflées ? Sans doute. À moins qu’il ne traduise également un phénomène observé par Marie-Annick Grimma, psychologue au centre médico-psycho-pédagogique de Saint-Denis. “Des femmes quittent souvent l’archipel pour se protéger d’une co-épouse trop agressive”, remarque-t-elle.

PAS LE CHOIX

Selon la psychologue, la polygamie engendre “rivalité”, “jalousie”, “haine parfois”, qui se traduisent invariablement par “de la souffrance”. “Aucune femme n’accepte cette situation, poursuit Marie-Annick Grimma. Certaines font semblant, mais derrière, on se fait mal, moralement et physiquement”. Zaïna, 46 ans, a gagné son “combat”. Son mari, qui avait épousé devant le cadi (chef religieux) une seconde femme à la Réunion, vient de s’en séparer. La tête enveloppée dans le traditionnel lamb, elle dit qu’elle ne sait pas exactement “pourquoi il a fait ça”. Si elle n’a “jamais été consentante” pour ce deuxième mariage, elle n’avait surtout “pas le choix”. Un jour pourtant, elle lui a dit qu’elle préférerait qu’il la quitte. Il est resté. Mariam, 43 ans, vit seule avec son mari et ses sept enfants. La polygamie ? Elle est “contre”. Parce que, dit-elle, “le mari il dort un soir ici, après il s’en va”. Et que du coup, “les enfants demandent souvent où est papa”. Mariam ne veut pas partager son mari avec une autre épouse. Mais elle explique que s’il en décidait autrement, elle préférerait “accepter que de se mettre dans le souci”.

“ICI, C’EST PAS COMME A NOISY-LE-GRAND”

Phénomène réel à la Réunion mais marginal, la polygamie alimente aussi bien les fantasmes que les critiques les plus virulentes. Bien ? Mal ? Pour Marie-Annick Grimma, la question ne se pose même pas. “C’est une donnée dans une organisation sociale et familiale qui existe depuis des siècles. Simplement, notre organisation n’est pas la même”, analyse-t-elle. En novembre dernier, il a fallu que les banlieues de métropole s’enflamment pour que l’on remette le sujet sur la table. Pointées du doigt par la droite, les familles polygames sont devenues “une des causes des violences urbaines”. Raccourci un peu facile derrière lequel se cache, ici comme en métropole, une réalité beaucoup plus complexe. Ali Soihili, originaire des Comores et président du collectif interculturel de la Réunion, n’est pas polygame. Il n’a pas l’intention de le devenir. Pourtant, il insiste : “Ici, ce n’est pas comme à Noisy-le-Grand, où les Maliens et les Sénégalais vivent à plusieurs familles dans la même maison”. Andinani Saïd Ali confirme : “Les gens l’ignorent, mais ça n’a rien à voir avec la polygamie africaine. Chez nous, la maison appartient à la femme. C’est un système matriarcal, c’est-à-dire que la mère s’occupe de l’éducation des enfants et le père est là pour l’autorité”. Jean-Paul Razafindrakoto, formateur et interprète, a vécu ainsi son enfance à Mayotte, privé d’un père qu’il voyait par intermittence. Aujourd’hui, il affirme être clairement opposé à la polygamie. Mais il ne juge personne. “Je suis arrivé à comprendre”, dit-il finalement.

Jean-Benoit Beven Bunford

POLYGAMIE : "UN TERME QUI NE VEUT PAS DIRE GRAND CHOSE" La polygamie à la Réunion ? “Il faut se méfier du terme qui ne veut pas dire grand-chose”, précise d’emblée Attila Cheyssal. Le sociologue verrait plutôt dans la polygamie mahoraise ou comorienne une conséquence de “l’instabilité des mariages”. Instabilité qui pousserait d’un côté, les hommes à prendre plusieurs femmes au cours de leur vie. Et de l’autre, les femmes répudiées à accepter, bon gré mal gré, un mari polygame pour éviter de rester célibataires. “Être seule pour une femme c’est très mal vu”, commente d’ailleurs cette Mahoraise qui préfère garder l’anonymat. Deux éléments culturels semblent également favoriser cette pratique. Le fait d’abord qu’utiliser de l’argent pour entretenir une femme non officielle est considéré comme “haram”, c’est-à-dire impur. Ensuite, être polygame pour un homme, c’est gagner du prestige auprès de la société. En règle générale, à Mayotte comme aux Comores, il est pourtant rare qu’un mari prenne plus de deux épouses.

REPÈRES

Pour ou contre Officiellement interdite par la loi d’orientation pour l’outremer du 21 juillet 2003, la polygamie à Mayotte est de moins en moins bien acceptée par la population elle-même. Selon un sondage Ipsos réalisé en 2004 pour notre confrère Mayotte Hebdo, 59% des habitants de l’île et 69% des femmes pensent que la polygamie doit cesser d’être pratiquée. Sans surprise, les plus opposés à cette pratique sont les jeunes. Ainsi, les 15-24 ans sont 67% à se prononcer contre, tandis que les plus de 40 ans ne sont que 51%.

L’amour toujours Dans les montagnes du Yunnan, en Chine, les Na, minuscule ethnie de 30 000 habitants ont résolu, une bonne fois pour toutes, le problème de l’infidélité. Hommes et femmes y pratiquent sans complexe la polygamie généralisée. On appelle cela la “poly-andro-gynie”. Les règles du jeu sont simples : la nuit tombée, les garçons rôdent dans le village, frappent à la fenêtre des filles qui acceptent ou non ces amants furtifs. Pas de maris, ni d’épouses officiels. Mais l’amour, toujours l’amour.