Mieux connaître la nature
et les richesses des Comores
Mise à jour
01/01/2007
l'ylang-ylang
En guise d'introduction à l'ylang-ylang, plante reine des fragrances, quelques
rappels historiques sur la saga des parfums L'histoire des parfums a commencé
avec les Grecs qui, les premiers, utilisèrent la myrrhe pour chasser les odeurs
de pied, la menthe s'affranchir des odeurs des dessous de bras, l'origan pour
les cheveux et l'huile de palme pour le visage.
Les Egyptiens et les romains poursuivent dans cette voie, en faisant une
abondante utilisation des pétales de fleurs. Les Germains, quant à eux, prirent
le contre pied de cette mode en bannissant toute utilisation d'artifices et en
favorisant le retour des odeurs ; c'est le " parfum d'oignon " qui avait leur
préférence ! A l'instar des Dogons, ce peuple des falaises de la région de
Bandiagara au centre de Mali, qui se signalent depuis la nuit des temps par
l'utilisation de ce légume pour parfumer leur corps. Mais les grands découvreurs
des parfums furent les Arabes qui utilisèrent de très nombreux ingrédients ;
d'abord ceux du monde végétal (fleurs, bien sûr, mais aussi, feuilles, racines
tiges fruit, écorces, mousses...), puis ceux du monde animal (l'ambre, le
musc...). Le phénomène s'accéléra à partir du XVIè siècle, période au cours de
laquelle la fleur d'oranger commence à être distillée à Grasse dans le Midi de
la France. C'est alors la mode du gant parfumé.
Sous Louis XIV, et particulièrement dans son palais, l'absence de commodité fait
que l'on se lave peu ; par contre on se parfume abondamment : la vanille et la
violette ont les préférences des belles de l'époque ; sous Louis XVI c'est
l'explosion des parfums floraux. Joséphine de Beauharnais, la célèbre compagne
de Napoléon, multiplie les expériences avec un parfum distinct pour chacune des
parties de son corps : la rose, la noisette, le bois d'aloès, le jasmin,
l'héliotrope. L'eau de Cologne fait fureur à cette époque. Au XIXè siècle
apparaissent les parfums volatils et les produits de synthèses. Entre la
Première et la Seconde Guerre mondiale certains des grands noms de la parfumerie
d'aujourd'hui (Balenciaga, Nina Ricci, Lanvin...) commence à être connus ; c'est
l'époque de la mode du santal ; puis les grands couturiers s'en mêlent :
Givenchy, Rochas, Chanel Dior, Laroche... avant d'être rejoints par d'autres
noms devenus désormais familiers : Cartier, Hermès, Armani, Mugler, Kenzo. La
suite devient une affaire de gros sous.
L'ylang-ylang (ou cananga odorata pour les scientifiques) appartient à la
famille des annonacées. Encore un végétal originaire des Moluques où il est
connu depuis l'antiquité ! mais c'est au XIXè siècle qu'il a été introduit aux
Comores avec le bonheur que l'on sait. Parmi les nombreuses espèces existantes
c'est la variété genuina qui est la plus économiquement intéressante. Son
écologie est très particulière ; c'est arbre exige une température élevée, un
climat humide, de faibles altitudes ; il redoute les vents violents et les eaux
stagnantes, par contre il affectionne les sols perméables ; mais il n'est pas
hostile aux terrains pierreux ; il accepte aussi des cultures vivrières. Ces
divers éléments sont réunis aux Comores, pays arrosé, caillouteux et au sol très
poreux. La première floraison a lieu vers deux ans, mais la floraison utile se
développe vers 4-5 ans ; la production est bonne jusqu'à 20 à 25 ans, âge à
partir duquel on procède au recépage ou à l'arrachage ; mais l'ylang-ylang peut
atteindre l'âge de 50 ans. L'arbre peut pousser jusqu'à 30 mètres de haut, mais
les nécessités de sa cueillette manuelle, tâche traditionnellement dévolue aux
femmes, ont conduit à l'écimer pour limiter sa taille, contribuant à lui donner
cet aspect torturé si caractéristique.
Chaque arbre produit environ 5 kg de fleurs. Ce sont ses fleurs, si facilement
reconnaissables, par leur odeur et leur forme de grande étoile jaunâtres, qui
donnent après distillation, l'essence d'ylang-ylang ou huile de cananga, très
recherchée comme fixateur en parfumerie.
Les cueillettes ont lieu deux fois par an : de mai à juillet et de novembre à
décembre. Même si les fleurs fleurissent toute l'année, les meilleures
apparaissent avec les pluies. La qualité du futur produit réside dans le choix
des fleurs matures, la rapidité de la cueillette et la rapidité de
l'acheminement vers les distilleries. La distillation, étape décisive dure
environ 12 heures, les meilleures fractions étant recueillies dans les deux
premières heures. On compte 100 kg de fleurs pour faire 20 kg d'essence. Les
Comores sont vraiment la terre de prédilection de l'ylang-ylang, à défaut d'être
sa terre d'élection. Au moment de la splendeur de sa production, chaque hectare
donnait en moyenne 2250 kg de fleurs. Aujourd'hui les rendements ont baissé.
L'huile de distillation est recueilli en quatre, voir cinq fractions,
correspondant chacune à autant de catégories : extra supérieure et extra
normale, ainsi que première pour la parfumerie de luxe, les deuxième et
troisième étant destinées aux cosmétiques, aux savons et aux détergents. La
concurrence, ici comme dans bien d'autres domaines, joue à plein aujourd'hui au
détriment des Comores.
La côte d'Ivoire a des projet de développement de plantations d'ylang ; les
grandes maisons de parfumerie ont tendance à diversifier leurs sources
d'approvisionnement : Haïti, pays d'Asie. Les produits de synthèses s'en mêlent
aussi. Aujourd'hui et d'après J.P Guerlain, rares sont les parfums qui intègrent
plus de 50% de produits naturels dans leurs compositions ; ce phénomène explique
évidement la mévente, plus ou moins chronique enregistrée sur ce type de produit
au cours de ces dernières années. Dans les années 50, années de gloire, qui
voyaient la société Bambao au firmament de sa réputation et de sa production,
toutes les essences étaient acheminées vers Anjouan pour y être traitées par des
ingénieurs chimistes ; aux côtés de l'ylang, elle avait introduit d'autres
plantes à parfum : le vétiver, le jasmin... entre autres. Une époque aujourd'hui
révolue... mais qui sait !
La production annuelle d'ylang-ylang oscille autour de 50 à 70 T, donnant très
largement aux Comores le premier rang mondial (à titre comparatif, la production
malgache se situe dans une fourchette de 15 à 20 t. par an). Au cours des années
70 et 80 cette production a varié de 32 T. en 1980 à 64 deux ans plus tard. Au
cours de cette fin de siècle, la production moyenne est de l'ordre d'une
centaine de tonnes par an, dont la grande majorité provient d'Anjouan. En 1999
une production d'une cinquantaine de tonnes a été enregistrée, contre 68 un an
auparavant. Selon les années cette production représente entre 10 et 15% des
ventes à l'étranger et la moitié des recettes à l'exportation. La production
comorienne représente 80% de la production mondiale. En quelque sorte un record
mondial très parfumé !
le girofle Le girofle (répondant au doux nom scientifique de Eugenia
caryophillata)
Ce sont les Chinois qui, les premiers (trois siècles avant notre ère),
inaugurèrent le commerce du girofle au-delà de leurs côtes, toujours dans cet
archipel des Moluques, qui semble être la terre de cocagne des amateurs d'épices
; le girofle était alors une épice de grand luxe, très recherchée. Introduit
ensuite par les arabes dans l'Egypte ancienne, il gagna progressivement l'Europe
avant son entrée dans le Moyen Âge.
Cette épice restera longtemps très chère car il était difficile de s'en
procurer. La colonisation de Moluques par les Hollandais eut pour conséquence un
embargo de ce produit à l'exportation pendant plus d'un siècle et demi,
entraînant une chute de la production et un exile de cette plante vers d'autres
cieux. Le giroflier, arbre de taille moyenne se situe aux environs d'une
quinzaine de mètres de haut, apprécie les ambiance de bord de mer pour
prospérer, mais aussi des pluviométries abondantes, un bon ensoleillement et de
basses altitudes.
L'écorce et les feuilles, toutes très lisses, sont extrêmement odorantes ;
l'essence qui en est extraite est très riche en eugénol qui sert dans la
préparation de vanilline artificielle. Les fruits du giroflier peuvent être
utilisés en confiserie. Les clous de girofle produisent une huile essentielle
très utilisée en pharmacie pour ses qualités toutes aussi nombreuses que
reconnues : à la fois stimulantes, excitantes, digestives, analgésiques,
bactéricides et insecticides ; mais aussi en parfumerie, savonnerie dans la
préparation de pâte dentifrice, pour la fabrication de certaines peintures et
vernis.
Des utilisations plus inattendues : parfumer et désinfecter une pièce en
chauffant des clous de girofle, calmer une douleur dentaire en mâchant un clou,
éloigner les odeurs en piquant des clous dans des oranges. Shakespeare signalait
que certains Anglais portaient des clous de girofle sur eux pour atténuer les
odeurs corporelles. En Indonésie, broyés ils sont utilisés mélangés au tabac.
L'essence provient de la distillation d'une infusion de clous et s'utilise en
aromate ou en parfum.
Les clous de girofle utilisés entiers ou en poudre entrent dans la préparation
de nombreux entremets et dans la composition de cocktails d'épices. Le giroflier
commence à fructifier vers la 5ème où 6ème année mais fleurit toute l'année . Sa
pleine production est atteinte quelques années plus tard ; il produit environ
jusqu'à 70 ans. La récolte des clous a lieu lorsqu'ils se teintent de rose ; les
boutons floraux sont récoltés rouges ; c'est le signe de leur teneur maximale en
essence ; c'est après séchage au soleil qu'ils prennent leur teinte brune. Les
récoltes ont lieu à la main ; les collectes de 25 à 30 kg/ jour sont une moyenne
normale pour un bon cueilleur ; Chaque arbre fournit entre 6 et 25 kg de clous
frais par an ; les rendements à l'ha varient de 1t. à plus de 2 t ; Mais ces
productions sont très irrégulières : le récoltant ne peut compter que sur une
très bonne récolte tous les 3 ou 4 ans .L'Indonésie est de loin le plus grand
consommateur de clous de girofles au monde. La crise asiatique de ces dernières
années et les incendies qui ont touché les campagnes et les forêts indonésiennes
ont été profitables aux autres producteurs, parmi les quels ceux de l'océan
indien qui ont vu leurs ventes et leurs revenus croître de façon spectaculaire
;Madagascar étant avec zanzibar et les Comores les autres pays producteurs de la
planète. En 1978 la production comorienne de girofle était de 760 t. elle fut de
1200 t. en 1980 et de 1000 t. en 1985. Le girofle, la vanille et l'ylang-ylang
représentent la quasi totalité des ventes à l'étranger.
Les prix sont actuellement très fluctuants ; ils ont été fortement handicapés
par la dévaluation du franc comorien intervenue en 1994 ; la crise du sud-est
asiatique, et en particulier la crise indonésienne, ont redonné un peu d'espoir
aux producteurs et quelques couleurs à cette plante. Mais on assiste à une
désaffection qui se traduit par des phénomènes d'arrachage de girofliers
transformés en bois de chauffe et dont les terrains libérés sont voués aux
productions vivrières. En 1999, 2500 t. de girofle ont été récoltées, contre
1700 en 1998. La production 2000 devrait être sensiblement inférieure à celle de
1999.
G. Sournia
La muscade (Koungoumanga)
C'est une des épices les plus anciennement connues ; elle apparaît dans tous
les premiers herbiers, en particulier dans ceux de la Chine, aux côtés du clou
de girofle. Il s'agit en fait de deux épices en une : la muscade, proprement
dite, qui correspond à la noix ou amende de couleur sombre et le macis (ou
arille) qui correspond à la chair de couleur rouge qui enrobe l'amande.
Essence tropicale par excellence, le muscadier (Myristica fragans pour les
scientifiques) est un arbre originaire des Moluques (archipel indonésien) ; il
peut atteindre plus de 10 mètres de haut. Il se complaît dans une ambiance
chaude et humide et des précipitations de l'ordre de 2000 à 2500 mm/an sont
idéales pour son bon développement. Il fleurit vers 8 à 10 ans, est en pleine
production entre 25 et 30 ans et continue à produire abondamment jusqu'à 60 ans
environs, âge à partir duquel ses rendements commencent à baisser.
Un muscadier peut, annuellement, produire plusieurs milliers de fruits ; les
récoltes ont lieu tout au long de l'année. Les feuilles, persistances, sont très
odorantes. Les portugais contribuèrent très largement au développement de sa
commercialisation qui fut très longtemps le monopole de la cité marchande de
Venise, en Italie. Au XVIIe siècle la muscade fut utilisée pour lutter contre le
mal de mer ( tout d'ailleurs comme la cannelle). Jusqu'aux environs de 1700
c'était surtout le macis qui était utilisé, plus épicé et plus fort en goût que
la noix.
Le muscadier fut introduit aux Comores au XVIIIè siècle, à peu près à la même
époque que les autres arbres à épice. On extrait de la noix un corps gras (le
beurre) et une huile essentielle. La muscade est connue pour ses vertus
stimulantes aromatiques et narcotiques si elle est consommée à haute dose. Le
beurre de muscade entre dans la composition des pommades antirhumatismales, les
huiles essentielles offrent des propriétés analgésiques ; elles sont également
utilisées en parfumerie, dans la fabrication de cosmétiques ; la noix râpées est
utilisé comme épice et le macis comme condiment en particulier dans la
charcuterie.
La cannelle (Mdarassini)
On dispose de témoignages de son utilisation depuis les périodes sumérienne
et pharaonique (2200 av JC).Elle était déjà utilisée séchée en bâtonnets ou en
poudre et ses feuilles, très parfumées, étaient utilisées (et le sont toujours)
comme infusion. Pendant l'antiquité leur valeur était telle que ces épices
servaient de monnaies d'échanges, y compris pour des enjeux militaires.
La cannelle est constituée par l'écorce (du tronc ou des branches) de plusieurs
végétaux du genre cinnamomum, mais la véritable cannelle est issue de l'écorce
du cannelier du Sri-lanka (cinnamomum zeylanicum). C'est la plus ancienne des
épices connues. Elle nécessite un climat chaude et humide pour pouvoir se
développer dans d'excellentes conditions. Les écorces récoltées sont issus de
plants taillées en buissons de 2 à 3 mètres de haut et que l'on ne laisse pas se
développer pour atteindre la taille d'un arbre . L' écorçage se fait en bandes
s'enroulant sur elle mêmes en forment de petits cylindres que l'on conditionne
en bottes de 1kg. Cette écorce est relativement épaisse et se décompose en trois
couches ( appelées les " quills "), c'est la couche intermédiaire qui fournira
la cannelle la plus odorante. Les récoltes ont lieu toute l'année sur les
arbustes d'au moins 6 ans. Les premières récoltes ont généralement lieu vers la
3é ou 4è année, puis tous les deux ans.
Les rendements sont de l'ordre de 200 kgs par ha. La cannelle est très utilisée
en cuisine, confiserie et pour agrémenter le vin chaud. Elle fournit une huile
essentielle à l'industrie pharmaceutique ; elle a des vertus stimulants et
antiseptiques. L'essence de feuilles, également très aromatique, est considérée
comme un stimulant du cœur et du système respiratoire.
La Vanille
C'est toujours une surprise de le découvrir, mais la Vanille est bien une
orchidée. Elle appartient à cette famille prestigieuse des Orchidacées. C'est
aussi une liane ; cette particularité apparaît plus évidente à l'observation de
cette plante.
Elle donne des fleurs très éphémères qui s'épanouissent en grappes et doivent
être fécondées une à une pour donner ensuite le fameux `' bâton `', ou gousse,
qui en constitue le fruit. Le vanillier est essentiellement cultivé pour sa
gousse, qui contient un principe aromatique, la vanilline. Ce fruit nécessitera
une durée de 7 mois pour arriver à maturité et atteindre, pour les plus
remarquables d'entre eux, une longueur de près de 20 cm et la grosseur d'un
petit doigt. De couleur verte et de consistance rigide dans sa première phase,
le `' bâton `' devient noir, souple et odorant au bout de 6 à 8 mois de `'
traitement `'. Un traitement qui consiste en échaudages, étuvages et séchages de
façon alternée, au soleil et à l'ombre, et dont la manipulation est dévolue au
doigté expert du préparateur. 1 kg de vanille verte correspond approximativement
à 80 gousses et 1 kg de vanille préparée à, environ, 300 gousses.
La première utilisation connue de la vanille remonte aux Aztèques qui
l'utilisaient pour parfumer leur chocolat. C'est au XVIIe siècle que des
navigateurs français l'introduisirent dans les îles de l'Océan indien et dans
celles du Pacifique, des milieux où cette plante trouva des conditions idéales
d'adaptation et d'épanouissement. La vanille naturelle fut, pendant très
longtemps, reine du marché ; au cours de ces dernières décennies la vanille de
synthèse a eu tendance à se substituer à elle. De la vanille on extrait la
vanilline très recherchée en parfumerie et en pâtisserie pour son odeur et sa
puissante saveur.
La vanille des Comores a une réputation de bonne qualité (certains lui
attribuent le `' titre `' de meilleure vanille du monde) et son label
biologique, allié aux méthodes traditionnelles de culture, constitue un atout
qui devrait être encore mieux valorisé.
Méthodes culturales et exigences écologiques
La vanille a besoin de températures uniformes, celles comprises entre 20 et 30°
lui conviennent parfaitement ; elle n'aime pas les grandes amplitudes
diurnes/nocturnes. Elle exige des pluies abondantes (2 à 3 m d'eau/an) et une
forte hygrométrie ; néanmoins, un peu de sécheresse, au moment de la floraison
ne peut que lui être favorable. Son besoin en lumière douce est favorisé par
l'ombrage (30 à 50 %) que lui procure le couvert végétal sous lequel elle est
cultivée. Elle a besoin de sols légers, bien drainés, en particulier ceux
provenant de la décomposition de roches volcaniques. 700 à 800 m constituent une
limite altitudinale qu'il vaut mieux ne pas dépasser pour rester dans des
conditions idéales. Autant de conditions que l'on retrouve au maximum de leurs
niveaux aux Comores, en particulier à Anjouan et en Grande Comore. La culture
est pratiquée à l'aide de tuteurs vivants espacés. Le pignon d'Inde étant le
tuteur le plus utilisé aux Comores. En plantation bien conduite on obtient 600 à
800 grs de vanille verte par tuteur. A Ngazidja, la vanille est très souvent
associée aux cultures vivrières, sous les cocotiers ou accrochées à des haies de
pignon d'Inde qui délimitent les champs de culture. Les fleurs doivent être
fécondées à la main (on dit aussi `' mariées `'). La vanille, une fois récoltée,
est ébouillantée, essorée, exposée chaque jour au soleil et ce pendant deux
semaines, puis mise en maturation et calibrée pour l'exportation.
Données chiffrées
La production 2000 fut de l'ordre de 140 t. production équivalente à celle de
1999 ; la production mondiale pour cette même année 2000 étant estimée 1100 t.
(à titre de comparaison, la production malgache, en production normale, c'est à
dire hors influence négative des éléments naturels, est environ dix fois
supérieure à la production comorienne). Cette production est arrivée sur un
marché international déficitaire du fait des cataclysmes subit par l'autre grand
producteur qu'est Madagascar qui n'a pu livrer que 800 t. Le prix d'achat aux
producteurs a débuté aux alentours de 2500 fc le kg pour atteindre 5000 fc en
fin de campagne (comparativement en 1999 ces prix étaient respectivement de 1000
et 1500 fc). L'Indonésie et les Comores ne disposent plus de stocks et devront
attendre la production de cette année pour effectuer de nouvelles livraisons ;
en conséquence, et d'après les analystes économiques, les prix devraient se
stabiliser au cours de l'an dernier ou même augmenter encore. L'Inde de son côté
serait en train de finaliser un plan d'extension de cette culture dans ses zones
de cocoteraies.
Utilisations
La vanilline est utilisée dans la confiserie, la pâtisserie, la parfumerie, la
chocolaterie, dans la fabrication de liqueurs fines (il est aussi un ingrédient
apprécié du fameux '' rhum arrangé '') et de produits pharmaceutiques, en
droguerie. Les Américains l'utilisent de façon intensive pour la fabrication de
crèmes glacées. Dans certaines régions de production, ses feuilles sont
utilisées pour guérir des plaies.
La mangue et le manguier
Le manguier, arbre majestueux, est omniprésent dans le paysage comorien ; la
mangue est ce fruit juteux, apprécié par tous et, en premier lieu, par les
enfants. Cet arbre et son fruit sont d'ailleurs une réelle providence pour le
continent africain où il est partout présent, et de façon encore plus intense,
dans les zones sahéliennes et soudaniennes.
Le manguier est donc bel et bien un arbre `' africain `'.
Erreur : certes il est parfaitement adapté aux conditions écologiques variées et
diverses du continent mais voilà encore une plante qui vient d'ailleurs. Le
berceau d'origine du manguier est l'Asie et, plus précisément, la région
comprise entre le sud de l'Himalaya et le nord de la Birmanie (pays aujourd'hui
rebaptisé Manyamar). En Asie il est consommé depuis la nuit des temps. On
raconte même qu'Alexandre le Grand, quatre siècles avant notre ère, avait visité
un verger de manguiers sur l'actuel territoire de l'Inde. Son introduction
africaine est beaucoup plus récente : les Arabes l'ont introduit sur la côte
orientale, via Mombasa au Xe siècle, mais il ne parvient en Afrique de l'Ouest
qu'au XIXe. Depuis le manguier a largement rattrapé son retard et s'est comporté
en vrai conquérant. Cette extension boulimique est due en grande partie à ses
extraordinaires et incomparables aptitudes écologiques. Peu exigeant sur la
nature du terrain, tous les sols lui conviennent. Il bénéficie d'un double
système racinaire : horizontal pour lui permettre de capter l'eau superficielle
et plus profond pour aller pomper l'eau en période sèche. Les graines poussent
très rapidement, pour peu que l'alimentation en eau soit suffisante. Dans les
meilleures conditions l'arbre peut produire dès l'âge de 6 ans et il est en
général très prolifique. Sa durée de vie est d'environ un siècle, et plus. Un
manguier en pleine fructification est un symbole de fécondité.
La `' mangue technique `'
Une mangue est composée de 70 % de partie comestible ; sa composition chimique
se répartit en : 82 % d'eau, 0,6 % de protéines, 0,3 % de lipides, 13,8 %
d'hydrates de carbone, 7 % de fibres alimentaires 0,50 % de sels minéraux, soit
un total, pour les adeptes de régimes de minceur, de 56 kilocalories. L'analyse
plus détaillée donne : 100 mg de potassium, 18 de magnésium, 12 de cuivre, 2,80
de carotène (taux supérieur à la plupart des autres fruits), 38,7 de Vitamine C
(soit autant que l'orange réputée pour cette propriété), 45 de vitamine B1 et 50
de vitamine B2. En matière de sucre le partage entre glucose, fructose et
saccharose est respectivement de : 0,85, 3,6 et 9 gr ; des chiffres qui
expliquent pourquoi les mangues sont si douces et si sucrées. Pour en finir avec
les nombres, une mangue renferme aussi 206 mgr d'acide citrique, 74 mgr d'acide
malique et 81 mgr d'acide tartrique.
Nos actuelles belles mangues n'ont qu'un lointain rapport avec la mangue sauvage
dont elles sont toutes issues. Ces variétés ont été élaborées à partir de
travaux de généticiens à partir de centaines de variétés d'Inde et de Malaisie,
lui enlevant, entre autres, son fort goût de térébenthine (encore perceptible
sur certaines petites mangues d'Afrique de l'Ouest et centrale) ; sa taille a
été augmentée, la partie charnue a été développée au détriment du noyau ; les
fibres végétales ont disparu. Le reste est une affaire de goût entre ceux qui
apprécient les plus sucrées ou les plus acides, les plus petites ou les plus
grosses (certaines pouvant peser jusqu'à 2 kg !), entre les variétés vertes, les
variétés jaunes ou encore les variétés rouges. Le feuillage du manguier, si
particulier de par sa densité et sa verdure permanente, joue un rôle précieux
dans la bonne fructification de la mangue ; le bétail l'apprécie et les
frondaisons les plus basses sont toujours le signe de la limite d'atteinte de la
langue des bovins ! Ce feuillage abondant et permanent favorise l'absorption
d'énergie photosynthétique grâce à l'ombrage qu'il prodigue. Sans oublier qu'il
est, du fait de son ombrage, le lieu idéal et largement utilisé des réunions
villageoises. Le fameux arbre à palabres africain est très souvent le manguier.
Consommé depuis si longtemps ce fruit a été mis à toutes les sauces.
De nombreuses recettes asiatiques l'intègrent sous des formes très diverses.
Ailleurs il est surtout consommé comme fruit de table, mais aussi transformé en
confitures, compotes, glaces et sorbets ainsi qu'en jus de fruit. Les feuilles,
riches en tanin, préparées en décoction ont une action bénéfique sur les maux de
bouche. Le bois des vieux arbres est apprécié en construction et pour la
fabrication de caisses, voire des pirogues. Jusqu'à l'amidon contenu dans les
noyaux qui a été testé comme aliment d'appoint pou le bétail. En cette période
de syndrome de la vache folle et de farines animales frelatées, la mangue marque
de nouveaux points.