Débats autour du Grand mariage

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Anda na Mila : de vie à trépas - par Nassur DINI

Le " anda " (litt. = coutume) est, pour l’écrasante majorité de la population comorienne et plus particulièrement grand-comorienne, a la base de sa civilisation. Cela depuis des siècles... Il n’y a pas de nouvelles valeurs en dehors du "anda na mila" (litt. = us et coutumes) et, de plus en plus une bonne partie de l’activité et de l’action communautaire lui est inféodée. Mais si le anda, basé sur le Grand mariage, est le socle de la civilisation comorienne, il n’existe pas de politique juridique ni institutionnelle de régulation qui tendrait à son uniformisation sur un plan national.

Controverse

Pourtant, au niveau micro-social, toute la vie est intimement liée à ce phénomène solidement ancré dans les comportements collectifs. Le anda est à la fois une machine génératrice de richesse et une incroyable occasion de dépenses littéralement folles, en tout cas dans la presque totalité des cas.

Cet emballement du anda (Grand mariage) est l’œuvre des notables.

Ces "derniers gardiens du temple" ont réussi avec la complicité du monde politico-religieux à transformer en doctrine ce qui n’était, il y a quelques dizaines d’années, qu’un simple divertissement.

Aujourd’hui, ces "milanantsistes" ont réussi à convaincre de larges franges de la population de Ngazidja et de plus en plus au-delà, que sans anda le développement communautaire perdrait une bonne partie des ses sources de financement. Leur argumentation s’appuie sur des résultats visibles. Il est vrai que l’habitat familial, l’épargne, la construction de certaines infrastructures communautaires de base, les rassemblements, les divertissement tournent autour du Grand mariage.

Sur ce problème des avantages et des inconvénients du Grand mariage les oppositions sont fortes entre l’ancienne génération et, pour l’essentiel, les jeunes. Ces derniers ne contestent pas les apports socioculturels du anda, mais l’unanimité est loin d’être faite quant à son impact économique. Les réformateurs proposent qu’un minimum de régulation soit appliquée en vue de limiter le gaspillage et remettre le anda dans son contexte culturel.

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Ils soutiennent que le anda devient un gouffre qui enferme l’individu, sa vie durant, dans un labyrinthe incohérent et qu’il y a lieu de l’adapter aux exigences de l’époque que nous vivons. Toujours est-il que ceux qui prouvent la nécessité de changer "les pratiques asphyxiantes" du anda se trouvent soumis à sa dévotion dans le sens où la décision de s’y soumettre ne relève, presque plus, de l’individu mais du micro social et du macro communautaire.

Cependant, tout au long du XXème siècle des reformes ont été amorcées sans pour autant influer sur les comportements.

Selon les recherches de Damir Ben Ali, tout au début du siècle, une autorité coloniale avait limité le nombre de vaches à abattre. Beaumer, avait entrepris de limiter le anda, en ce qui concerne le cheptel bovin et caprin. Il avait mobilisé la population sur l’entre aide agricole en proposant de réaliser les fêtes en coupant des pignons d’inde pour la vulgarisation de la vanille. Vers les années 1960, le président Saïd Mohamed Cheikh avait initié une campagne de sensibilisation contre le gaspillage. Le premier médecin des Comores avait appelé à la prise de conscience sur l’apparition des nouvelles valeurs basées sur le bien être matériel "ye anda ya hatru riwunde madjumba na matomobili ya ho wana hatru". Il fut rappelé à l’ordre par sa propre classe sociale, les notables.

La parenthèse soilihiste

Ce n’est qu’entra 1976 et 1978, que le anda fut réglementé officiellement pendant la Révolution. Les festivités étaient limitées à 24 heures. Un seul animal était autorisé. Les dépenses ostentatoires étaient prohibées. Le mariage ne devait pas être "une affaire de sous mais d’entente mutuelle".

C’était accessible à tous et à toutes. Mais c’était également à coups de gueule, à coups de lois et à coups de poings. La chute de la Révolution a été considérée par les milanantistes comme la réponse de Dieu contre ceux qui ont osé commettre le sacrilège de modifier le anda. L’assassinat d’Ali Soilihi a été toléré. Il a fallu plusieurs années pour décolérer et réhabiliter celui qu’on reconnaîtra comme l’homme du XXème siècle comorien pour les valeurs humanitaires qu’il incarnait (lire La Gazette des Comores n025 du 30/12/99).

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Depuis 1978, les régimes qui se sont succédés ont consolidé à grande pompe le anda pour en faire leur réserve électorale et la base de leur légitimation. Les hommes d’État, les hauts fonctionnaires, les opérateurs économiques (pour des raisons facilement compréhensibles) et les chefs religieux apportent leur soutien au développement du anda.

L’appui le plus conséquent nous vient de l’extérieur du pays. La diaspora comorienne, malgré la prise de conscience qu’elle a pu acquérir sur les changements de l’homme et de son environnent, a fait des vacances d’été, "le printemps du anda". Les mois de juillet, août et septembre, sont devenus la saison pendant laquelle les gens s’exaltent par la concurrence du gaspillage. Pourtant, il paraît qu’à l’origine c’était plus simple que cela. Selon la légende, c’était une histoire banale de djosho (grillade) dans un petit village de Mbadjini appelé Mindradu. Une simple invitation pour partager un maigre gibier est devenue Maliho. Le pahu.wo (repas offert en échange d’un travail champêtre) est devenu djelewo. La petite galette de sagou partagée entre amis est devenue mikatre. La simple bénédiction d’un mariage est devenue karamu. Les you-you saluant le mariage sont devenus djaliko twarabu zifafa masambi, lelemama,... le tout demandant la fortune de toute une vie. A l’aube du XXIème siècle, allons-nous laisser encore longtemps ce lourd fardeau sur les épaules de nos enfants.

Les équilibres et déséquilibres engendrés par le Anda - par Saïd EL FATAHOU

Une contribution de M. Saïd EL FATAHOU sur les conséquences économiques souhaitables du Anda - août 2003 N.B : les textes ci dessous, publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur, sont issus de discussions dans notre forum HABARI, il faut considérer que l'auteur s'adresse à un interlocuteur qui mène avec lui un débat contradictoire. Ces contributions nous ont paru très intéressantes pour illustrer le thème controversé du Grand Mariage.

Bonjour

Le volet économique du ANDA est tout autant important dans ces festifs, et dans la perspective d'une réorganisation du ANDA. Car l'enjeu dans ce problème est de la réformer et non l'interdire. Dans la perspective de l'avènement d'un pays moderne, où les facteurs sociaux et économiques doivent être revus pour répondre à la nécessité du décollage tant souhaité par tous, il n'est pas possible de laisser se perpétuer une culture d'égorgement de bœufs à grande échelle, desquels d'ailleurs, ne sont pas produits sur place, mais sont achetés ailleurs, et donc contribuent à faire basculer la balance commerciale dans son coté le plus négatif. Il faut faire quelque chose. Observons bien la question : Supposons que tous les achats effectués à l'occasion de grands mariages aux Comores sont faits sur des produits fabriqués, produits sur place, aux Comores même, par nos paysans. Supposons que toutes ces poules égorgées sont élevées et assurées par des cultivateurs Nationaux. Que la livraison de toutes les salades, le riz, les bœufs, les œufs,etc... était assurée par des producteurs locaux. En d'autres termes, supposons que l'état encourageait des investissements à moyens termes,orientés vers la production de produits de consommation capables de répondre immédiatement à la demande à l'occasion de dépenses somptueuses du ANDA.

A mon avis,une politique de la sorte résoudrait ne serait qu'une partie du problème, car on assisterait-là à un début de refinancement de l'agriculture, de l'élevage, l'artisanat (les meubles, etc), de la pêche, par les dépenses du ANDA en question. Cela veut dire qu’au moins, pour un début d’essai de réaménagement du système Anda, on songerait d’abord à faire en sorte que les dépenses engagées servent à refinancer des secteurs clés de l’économie nationale, plutôt que songer à les faire disparaître.

Qui va faire ça? Qui va prendre ces initiatives et qui va financer ces réformes? Maman ? Mhummm ???....NIET !!

Il faut une réelle volonté politique. Et je le dis clairement, on n'est pas obligé de faire des réformes accélérés comme le voulait Ali Soilihi ,au risque de créer des conflits sociaux, et c'est là où se situe le véritable défi de l'Homme politique. Le rôle de l’homme politique dans cette histoire est d’initier une démarche cohérente qui permettrait de sortir le Comorien du cercle vicieux de l’endettement et de l’appauvrissement conséquents au gaspillage des ressources, tout en veillant à ce que l’esprit initial du ANDA, c'est-à-dire un ensemble de mécanismes sociaux et culturels destinés à renforcer la cohésion de la communauté par le partage,ne soit pas troublé par la tentation du législateur,à vouloir tout remettre en question, sauf à se demander soi même son vrai rôle dans la société.

On pourrait tout simplement reconstruire les équations macroéconomiques d'équilibrage, en distinguant clairement les facteurs principaux qui jouent en grande partie dans les dépenses engagées, pour un premier temps, comme par exemple,en fixant des limites imposables à chaque poste de dépense principal, comme les Maharis (la dot), les Djossa-Mindu, les Mwalikos, tous répertoriés officiellement, et bien surveillés pour,ensuite être imposé, ou bien,au besoin en ponctionnant un coefficient égal pour tous, à chaque poste budgétaire substantiel, tout en se réservant la possibilité de varier ces coefficients selon la politique que la NATION souhaiterait adopter en matière de réforme.

En définitive, vous dépensez telle somme sur telle poste budgétaire, alors vous payez telle pour le besoin de l'effort communautaire. Une telle politique aurait sans doute une double avantage : d’une part,l’argent récolté pourrait financer d’autres secteurs de l’économie, non moins considérables, mais surtout on se serait là disposé d’outils de régulations adaptés aux modèles et shemas économiques qui, il faut le reconnaître, ne peuvent pas être revus au moyen de simples décrets.

Mais attention, il faut dans ce cas prendre en compte les facteurs sociaux :

Un faiseur de Anda aime bien savoir en quoi sa contribution à l'effort communautaire a servi à réaliser concrètement. Sinon,il ne donne rien, parce qu’un Comorien aime bien voir la valeur réelle que son argent à permis de créer. C'est pourquoi,il préfère construire des dizaines de mosquées dans un petit village, parce qu'au moins, il peut dire : Voici la mosquée, je l'ai touché ; en plus du fait qu'il attend en retour la bénédiction de Dieu. Et cela est un facteur social fondamental auquel le réformateur doit prendre en compte.

En d'autres termes, on ne peut pas prétendre réformer un système social aussi enraciné dans les mœurs et les traditions comme le ANDA sans se poser la question de savoir, contrairement à son éradication décrétée qui peut engendrer une remise en cause de l'équilibre social, en quoi ce dernier peut au contraire contribuer au développement.

C'est un défi politique majeur.

Ces coefficients, contrôlés et définis dans un projet global de réforme, comme toute politique économique vont servir, d'une part à limiter, voire décourager, (limiter quand c'est nécessaire) les susceptibilités gratuites des dépenses ostentatoires ,sinon aider à financer les réformes.

Alors disais-je, par exemple, ces coefficients prélevés peuvent varier selon les politiques économiques et serviraient à récolter des fonds, pour ensuite financer des petits projets officiels de proximité : l’élevage, l’artisanat, etc, on pourrait même envisager que dans la mesure où le ANDA est une institution viscéralement encrée dans les mœurs et les habitudes de la société, les ressources qu’il engendre, considérées à l’échelle Nationale, peuvent servir à soutenir des projets qui requièrent des investissements à long et à moyen terme : Des agriculteurs et des pécheurs et même des PME-PMI de toutes sortes, peuvent puiser sur la manne pour leurs besoins en Investissement.

Vue dans cet ordre, on peut comprendre qu’il ne sera pas facile pour le législateur d’initier un tel projet sans tenir compte des habitudes d’une société longtemps bercée dans l’attentisme. C’est pour cette raison qu’au contraire de ce qu’il faille remettre en question le principe même du ANDA, il faut au contraire éviter de l’interdire,au risque de l’éclatement du tissu social, et au besoin le renforcer, tout en veillant en même temps de le contrôler en amont, de sorte à réorienter ses ressources actuellement gaspillées, vers des financements des projets concrets et surtout visibles par Mr Mroumdzima (Le faiseur de ANDA).

Il faut aussi remarquer une chose, c’est que le problème ici, ce n’est pas le principe même de dépenses ou de consommation, mais plutôt cette culture du jet de billets de banques dans les tam-tams, dont on ne sait jamais où ces derniers vont-ils finir, sinon qu’on aimerait voir des cités bâties à l’occasion, par l’entremise d’une politique novatrice et responsable.

Alors disais-je, cette manne peut servir à financer des projets de petites et moyennes entreprises ou bien tout simplement serait redistribuée pour soutenir la consommation.

En effet, il nous faudrait en finir avec cette situation où le Comorien ne mange à sa fin,un repas complet, qu'aux seuls mois de juin, juillet, août. C’est pas possible de laisser longtemps se développer une sous-culture de « mangement » que seulement pendant trois mois au cours d’une année entière, alors qu’en même temps,l’un des combats de notre société c’est aussi la lutte contre la famine et les carences alimentaires. Oui, il faut redistribuer les ressources. Dirions-nous un jour à un faiseur de ANDA, qu’il lui faudra assurer la consommation en riz,des tout petits écoliers de sa région pendant un temps précis !! Son Grand mariage aura au moins servi à donner un coup de pouce à l’éducation !!

Il ne faut pas avoir fait l'ENA pour pouvoir prendre de l'argent par-ci, et le redistribuer par là ,en suivant un plan clair, préalablement défini et connu de tous, et surtout compris et soutenu par le PEUPLE ! Pendant ce temps, on pourra continuer à chanter et danser sans problème, mais au moins on est sûr que ces billets d'Euros qui tombent dans les Twarab, vont contribuer à construire des écoles et acheter des ordinateurs pour les petits futurs internautes Comoriens, tout en réalimentant des caisses locales pour servir à financer des projets d'envergures Nationaux !!

Un projet national, par exemple de financement des PME peut facilement être soutenu par de l'argent récolté localement. Ce ne serait pas un miracle. Aujourd'hui, en France, plusieurs postes budgétaires longtemps garantis par l'état sont confiés aux administrations locales. C'est le principe même de la décentralisation.

Le véritable problème est que le politicien en charge du dossier, par manque de vision claire des enjeux, n'a pas encore trouvé le moyen de réformer sans créer un conflit social, susceptible de se retourner contre lui. Tout le monde est d'accord sur les dérives des dépenses dans les mariages. Mais personne ne veut bien oser s'aventurer dans un processus de réforme. Quand on fait de la politique,il faut prendre le temps de réfléchir.

Nous y réfléchissons en futurs politiciens de ce pays, et le débat est encours et surtout ouvert à tous,car la solution est celle qui sera, en plus d'être conçue et formatée dans des livres, comprise et accompagnée par le nombre.

Tous mes respects El Fatahou SAID août 2003


Bonjour

Il nous faut nous rappeler certaines choses beaucoup plus évidentes, pour qui veuille bien reconnaître qu'il a d'abord son pays, sa culture, sa civilisation, mais que la vie l'oblige à les vivre de loin. Beaucoup de jeunes filles et garçons Comoriens, souvent nés en France ou bien tout simplement y avoir vécu depuis leur jeune age, souffrent du manque de visibilité réelle sur la nécessité de respecter une culture qui est la leur,et le mode de fonctionnement organisé du couple en France.

En France, lorsque vous voulez vous marier, souvent, je dis bien souvent, parce que ce n'est pas ainsi tout le temps, vous n'avez qu'à seulement vous aimer entre vous,et c'est tout. Le reste, c'est d'aller à la mairie pour officialiser, "à la française",votre mariage. Je précise bien, à la Française, parce qu'officialiser un mariage dans une mairie Française est un CHOIX !

Je veux dire que si le couple le voulait,il pourrait, tout autant avoir vécu en France, consulter le consulat de France à Moroni, pour qu'il légalise un mariage que les deux futurs mariés se seraient décidés d'effectuer traditionnellement aux Comores. Ce serait une démarche,tout comme celle qu'on peut souvent voir dans les médias,où un Tel couple décide de se marier sur le troisième étage de la tour Eiffel. Les deux futurs mariés contactent la mairie du quartier où se situe la Tour Eiffel, cette dernière envoie quelqu'un pour s'assurer que les choses se sont passées dans les normes, et donc,ce mariage peut être ratifié par la mairie.

A mon avis,il y a plusieurs angles d'approche de la problématique :

Un point de vue social : La société Comorienne, la culture et traditions Comoriennes sont une réalité. Elles ne sont peut être pas enseignées dans les collèges Français, mais elles sont là, existent, et contribuent à jouer leur rôle premier de la cohésion de la Communauté Comorienne,de part le monde. Ce n'est pas un miracle, c'est tout autant de toutes les autres communautés du monde, des arabes, des juifs, des maliens, des sénégalais..; des français de l'étranger .... etc, tous s'appuient sur leur Culture et traditions pour bâtir des familles en unissant des Mariés !

Toutes ces communautés s'entraident à l'occasion de mariages. Elles cotisent de l'argent, ramènent des cadeaux à la mariée, préparent de somptueux repas pour l'assistance, elles font toutes les mêmes opérations.

Où est donc le problème des mariages Comoriens en France et aux Comores d'ailleurs ?

Quel est donc l'origine des souffrances de ces jeunes garçons et filles nées ou ayant résidé en France dés leur jeune age, qui ne se retrouvent pas dans ces festifs ?

Le premier des problèmes est que souvent ces mariages organisés en France ne peuvent pas durer parce que souvent les mariés n'auraient pas pris le temps de se connaître entre eux. Ils se laissent emporter par les idées reçues selon lesquelles aux Comores, les mariages sont arrangés, et donc restent chacun pour soi, ne se rencontrant que le seul moment où les festifs seraient organisés. C'est une erreur monumentale. Votre maman vous dit qu'elle vous a choisi un futur mari, que vous n'aimez pas, et alors, qu'en auriez vous fait pour réconcilier les points de vue des parents aux tiennes ? Vous voulez la solution qui vous permette de concilier les points de vue de papa et maman d'avec les vôtres ?

La solution se trouve, encore une fois dans les traditions, dans le communautarisme inhérent à votre propre société.

Rares sont les parents Comoriens qui arrivent à tenir tête à une Communauté constituée qui les fait face. Il ne faut pas oublier que la société Comorienne fonctionne dans un modèle communautaire basée sur le RESPECT des entités sociales hiérarchisées selon les ages des individus. Il y a donc toujours un vieux Comorien capable de raisonner Papa et Maman !! La seconde des difficultés résident dans une véritable aliénation culturelle du Comorien ou de la Comorienne, conséquente à un passé de colonisé. On aime bien repousser ces tam-tams qui viennent troubler la sérénité du voisinage. On oublie que ce fiancé qu'on aime bien et qu'on a la chance d'avoir l'amabilité de toute la famille et tout l'entourage,est souvent un homme élevé par toute une Communauté. Sa formation sociale lui confère le statut d'un homme communautaire (pour ne pas dire Communautarisé), et non seulement d'un homme tout court.

Un mariage aux Comores est rarement une affaire de deux individus, en tout cas n'est pas perçu par la communauté comme tel. C'est l'affaire de tous parce que,pour un Comorien, ces deux bambins qui s'unissent, apportent la Baraka dans la cité et donc tout le monde devrait, par sa contribution, par sa cotisation, en recevoir un peu de cette bénédiction! Oui, dans ce pays-là, même la bénédiction se partage en Communauté. Dans ce cas précis,des cotisations et des dépenses, ce serait aux deux époux seuls,de trouver l'équilibre qui leur permette de concilier une nécessité de cohésion sociale et familiale et le bon sens en terme de dépenses.

Quand Nous disons, en politique, que Nous allons réformer le ANDA, il ne faut pas comprendre par là,que Nous allons interdire aux Comoriens de chanter et danser à l'occasion de mariage. Cela veut dire tout simplement que Nous y voyons l'impératif de réajuster les dépenses, diminuer les possibilités d'endettement, reconstruire les équations macroéconomiques susceptibles de rendre ces dépenses plus UTILES dans le TEMPS, tout en favorisant une redistribution qui alimente le processus de développement. Bon! Disons que ça ne pourrait peut être pas terminer la reconstruction des routes, mais ça peut quand même amorcer, par exemple, un début de construction de PME. Pourquoi pas l'artisanat par exemple ?

Et enfin, remarquez que le Milanantsi (ANDA et autres) est la seule institution Comorienne capable, si elle est revue et corrigée, de supporter et soutenir dans la source, un véritable projet de développement aux Comores qui tient compte de la culture et de la civilisation Comorienne.

Mais ça c'est un autre sujet !

Tous mes respects El Fatahou SAID août 2003

Le grand Mariage de l'Indignité - par Soeuf Elbadawi

Article publié le 04/09/2005 sur le site de RFI www.rfi.fr

Phénomène social d’importance capitale dans la vie du comorien, le «grand-mariage» est un passage obligé pour tout individu souhaitant accéder à l’espace décisionnel de sa communauté villageoise. Les grandes vacances, période où les comoriens de la diaspora reviennent en nombre dans le pays, est une période de prédilection pour cette tradition souvent contestée mais toujours perpétuée.

Chants, danses et youyou interminables à tous les coins de rue. A l’intérieur comme à l’extérieur des maisons. Des lumières partout. Habits de fête d’une esthétique rare : manteaux et robes brodés à fil d’or. Repas gargantuesques. Des sourires et des embrassades à n’en plus finir. L’atmosphère dans les villages aux Comores change dès qu’un grand-mariage, aussi appelé anda ou harusi, se célèbre dans une famille. A la différence des autres mariages (mna daho ou darwesh) habituellement contractés, celui-ci prend un caractère d’accomplissement pour l’individu en quête de reconnaissance sociale dans cette société réputée conservatrice. Qui achève son grand-mariage, au terme d’un long processus le menant de l’enfance à l’âge adulte, bascule dans le clan jalousé des «notables», autrement dit ceux qui décident traditionnellement de la conduite des affaires de la cité.

Être un notable équivaut à devenir mndru mdzima, c’est-à-dire un homme à qui sont consentis nombre de privilèges : droit à la parole dans l’espace public, distinctions et pouvoir de décision. L’anthropologue Sultan Chouzour parle d’un «pouvoir de l’honneur». Un statut auquel nombre d’hommes politiques doivent d’abord prétendre, avant d’aspirer à de hautes responsabilités au niveau national. Damir Ben Ali, autre anthropologue ayant travaillé sur la question, raconte ainsi (à Kashkazi) cette anecdote concernant un ministre se rendant à une cérémonie de mariage, accompagné de son chauffeur : «Le chauffeur a fait le grand-mariage, il est donc vêtu de l’habit traditionnel du grand marié ; le ministre, lui, ne l’a pas fait, et ne porte donc pas ses habits. Quand ils arrivent à la mosquée, c’est le chauffeur qu’on vient chercher et qu’on installe en première place, pas le ministre car personne ne le connaît». Le grand-mariage impose le respect à tous. Il contribue par ailleurs à asseoir la réputation d’une famille dans la communauté villageoise. Plus il sera onéreux, mieux l’opinion appréciera. L’idée consiste pour l’individu à redistribuer une manne financière, accumulée durant de longues années de labeur, à toute sa famille, proche ou lointaine, ainsi qu’à ses amis, sous forme de cadeaux, d’offrandes, de repas à partager, de louanges négociés au prix fort. Certains y risquent jusqu’à leurs derniers sous. D’autres s’endettent pour vivre cette aventure en apparence heureuse : vous devenez sultan ou princesse l’espace d’un mariage, où tout le monde communie pour votre plus grand plaisir.

«C’est trop cher pour être vrai»

Un rituel de plus en plus coûteux. «Chouzour a tort d’insister sur cette notion de pouvoir et honneur, nous dit Ismaël Ibouroi, philosophe. Moi je parlerais plutôt d’un «pouvoir de l’indignité», vu ce dont les gens sont capables de faire pour arriver à réaliser leur grand-mariage. Certains sont prêts à se vendre, d’autres détournent de l’argent public pour le réussir». Mapatso, ukumbi, zilo za harusi, mladzo moina et autres moments festifs liés à cette tradition exigent un budget sans aucun rapport avec le coût de la vie au quotidien. «C’est trop cher pour être vrai», explique un convive lors d’un dumbuso, repas destiné à une tablée d’amis ou de notables de même rang chez le marié récent, «Les gens ne sont pas payés depuis six mois mais ils trouvent le moyen de mettre la main à la poche pour lui garder son faste à cette tradition. Parce qu’il faut bien savoir se rendre compte d’une chose : le marié paie mais ses amis participent à leur tour d’une manière ou d’une autre, tout comme le reste de la famille. Les garants de la tradition, des femmes la plupart du temps, tiennent une liste de ceux qui ont contribué à votre mariage, pour qu’à votre tour, vous participiez au leur demain. Vous ou tous ceux qui vous sont liés. De la même façon, certains viennent rendre à votre mariage ce que votre famille leur a prêté jadis à celui d’un des leurs. Et les enchères sont ouvertes. Car si vous avez donné deux pounds il y a vingt ans, aujourd’hui, la valeur a augmenté. Vous allez peut-être devoir donner dix pounds».

Des pounds d’or par «baquets entiers». Dure vérité que celle du grand-mariage : l’or exigé pour la circonstance finit de ruiner les familles. Sans oublier le fait que les invités sont de plus en plus nombreux et obligent à des dépenses inimaginables il y a encore vingt ans. D’où la critique permanente orchestrée par la jeune génération contre une pratique complètement en porte-à-faux avec la réalité d’un pays en crise. L’éducation, la santé, l’économie… autant de chantiers sinistrés devant lesquels l’État s’avoue vaincu. Pendant ce temps, les notables réaffirment leur position sociale dans le paysage à travers «ce jeu ridicule où l’on s’amuse avec le passé» confie un fonctionnaire anti-grand-mariage. «Vous vous rendez compte du délire ? Je n’ai pas les moyens de régler les «écolages» (frais de scolarité) de mes enfants en école depuis trois mois. Cela fait quatre mois que je n’ai pas touché un rond de ma solde. Mais ma belle-famille fait la gueule parce que je refuse d’emprunter pour mon grand-mariage». Dans cette dramaturgie liée au passé, seuls s’en sortent les Comoriens issus de la diaspora, ceux qui ont migré vers la France (principale destination de l’immigration comorienne) surtout. «C’est la raison pour laquelle les grandes vacances, période où ils débarquent en nombre au bled, sont devenues la période la plus riche en cérémonie de ce genre. De juin à septembre, les euros se promènent en pagailles dans les rues» conclut-il.