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    Histoire des Comores

    L'AUTONOMIE INTERNE, UNE RESTAURATION DE LA DIGNITÉ COMORIENNE
    (1946-1975)

      

    Ce document est issu d'une conférence donnée par Jean Louis GUEBOURG, éminent spécialiste des Comores
    Il a été publié par le site des Amis de l'Université des Comores avant de disparaître d'internet
    Nous avons pris la liberté de le remettre en ligne car sa portée historique et informatique est remarquable

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    L'AUTONOMIE INTERNE,
    UNE RESTAURATION
    DE LA DIGNITÉ COMORIENNE
    (1946-1975)
    Jean-Louis Guébourg
    Université de La Réunion

    La Seconde Guerre mondiale par le discours de Brazzaville, par la création de l'ONU, par la charte de San Francisco et surtout par la nouvelle constitution française de la IVe République, plus généreuse vis-à-vis des peuples colonisés, se traduisit à Moroni par une ouverture politique et une prise en compte du peuple comorien et de ses élites. Grâce à l'Union française et surtout aux aménagements de la loi Cadre de 1956, une assemblée élue pouvait s'exprimer au nom des populations de l’Archipel ; elle restait cependant bien encadrée par la Métropole dans le cadre des Territoires d'Outre-mer.
    Pourtant en 1975, les Comores proclamèrent leur Indépendance ! Un certain nombre d'adjuvants allaient accélérer le processus de libéralisation et inverser en quelque sorte les pouvoirs en place, le haut-commissaire de la République cédant le pas devant la présidence du Conseil, après les réformes de 1961 et 1968. Les Indépendances en chaîne des pays africains durant les « sixties », l'enrichissement français des « Trente Glorieuses » et l'avènement d'une certaine coopération permirent de rattraper le retard de l'entre-deux-guerres dans la mise en place des infrastructures administratives et routières indispensables, la possibilité migratoire vers la Métropole et Madagascar, sources d'emplois, gommant aisément les conséquences du croît démographique.


    vers le statut de territoire d'outre-mer (1946-1958)

    L'évolution imprimée aux peuples et aux mentalités, après la Seconde Guerre mondiale, inspira une nouvelle approche entre la Métropole et ses possessions d'Outre-mer. L'ensemble des textes[1] de la constitution d'octobre 1946 régissant les anciennes colonies exprimait deux tendances :
             — un particularisme des pays d'Outre-mer qui n'étaient pas tous au même stade d'éveil politique et économique ;
             — un désir de libéralisme dans la volonté des jeunes peuples colonisés à s'administrer eux-mêmes par des conseils élus au suffrage universel.

    Dans les faits, l'archipel des Comores retrouvait quelques pouvoirs, une unicité et une dénomination qui lui avaient été retirés pendant plus de trente ans. L'Archipel pouvait de nouveau gérer ses propres affaires. Il obtenait une représentation parlementaire avec un député, Saïd Mohamed Cheikh
    [2], un Conseil général qui, sous la houlette du Prince Saïd Hussein, allait évoluer en Assemblée territoriale (loi Cadre 1956) puis un Conseil de gouvernement (1958). Le contrôle de cette nouvelle structure était confié au chef de territoire placé sous l'autorité de Tananarive.

    * les nouvelles structures administratives

    L'administration de Dzaoudzi était néanmoins maintenue et elle restait toujours sous l'autorité, moins pointilleuse, du haut-commissaire de Madagascar. Le chef de territoire était assisté d'un conseil privé et d'un conseil du contentieux administratif qui remplaçaient l'ancien conseil consultatif.

    Le Conseil général fut la seule innovation touchant les quatre îles, formé de vingt-quatre conseillers qui se répartissaient en deux sections, élus par deux collèges électoraux respectivement, au suffrage universel et au scrutin de liste majoritaire à deux tours. Sur les vingt-quatre sièges, la Grande Comore en obtint dix, Anjouan cinq, Mayotte trois et Mohéli deux[3]. Ses compétences étaient fort larges surtout dans une île sous-administrée, il était consulté sur l'organisation administrative, l'enseignement et la création d'écoles, le régime pénitentiaire, le taux des loyers et surtout la fiscalité qui fit son apparition, car jusqu'ici, les Comores échappaient à l'impôt sur le revenu.

    * la loi cadre du 26 juin 1956

    L'Assemblée territoriale allait faire contrepoids au tout puissant Haut-commissariat. Selon P. Lanqué, ces lois décentralisatrices allaient amplement modifier l'administration de l'Archipel.

    En Métropole, un régime de gauche dirigé par Guy Mollet étendit, le 22 juillet 1957, les compétences de l'Assemblée dont émanait un Conseil de gouvernement. La dénomination « Assemblée territoriale » s'accompagnait, en mai 1958, du transfert de son siège de Dzaoudzi à Moroni, ville la plus peuplée de l'Archipel. Le qualificatif « territoriale » soulignait les larges pouvoirs réglementaires de cette nouvelle assemblée[4] dans les domaines afférents aux intérêts locaux : travaux publics, acquisition et aliénation de propriétés immobilières, octroi de concessions forestières ou agricoles, vote du budget, fixation de l'assiette des impôts et taxes de toutes natures, subventions et emprunts. Elle disposait, en outre, d'un pouvoir de contrôle sur le Conseil de gouvernement et pouvait interpeller un ministre territorial. Néanmoins, elle ne pouvait rien décider à l'encontre des conventions internationales édictées par la Métropole ; les parlementaires français conservaient une primauté sur leurs collègues  comoriens,  ainsi ils pouvaient reprendre ou imposer une règle législative que ceux-ci  aurait modifiée ou abrogée.

    Cette décentralisation préservait les prérogatives de Paris dans les secteurs essentiels : la diplomatie, la nature des droits civils concernant le citoyen, l'organisation administrative du territoire. Mais l'État français et l'Assemblée territoriale administraient de conserve les Douanes, les Postes et Télécommunications, le Domaine, la Radiodiffusion, les Services du travail et les organismes attachés au développement économique.

    Contrôler le chef du territoire dans l'exécution du budget était en réalité le rôle de cette Assemblée et, notamment, celui de sa commission permanente (3 à 5 membres). Celui-ci lui adressait, chaque mois, l'état détaillé des distributions de crédits. Dans l'ensemble, de 1956 à 1958, il n'y eut guère de problème entre les différents responsables et la commission.

    * le conseil de gouvernement face au chef de territoire

    Le décret du 22 juillet 1957 créa, à côté de l'Assemblée territoriale, un Conseil de gouvernement qui comprenait six à huit membres portant le titre de ministres[5]. Ce conseil formait un exécutif décentralisé placé sous la présidence du chef de territoire, l'activité de ses membres relevant du vice-président, candidat élu tête de liste, Mohamed Ahmed, alors que les finances étaient tenues par le Prince Saïd Ibrahim.

    Ce Conseil était responsable devant l'Assemblée territoriale et les ministres pouvaient être démis par le représentant français ou sur proposition du vice-président. L'Assemblée exerçait sur le Conseil un contrôle moral, sans avoir la possibilité de le sanctionner par un vote de censure
    [6]. En fait, le Conseil de gouvernement ne pouvait être démis que par décret du Conseil des ministres à Paris, après requête de l'Assemblée territoriale. Il relevait davantage d'un organe administratif que politique.

    Son action s'ordonnait autour de quelques axes : il exécutait les décisions de l'Assemblée qu'il avait auparavant centralisées et chaque ministre était, individuellement, chargé de l'organisation administrative et de la gestion d'un service public territorial, comme le Plan, la Production (agriculture, forêt, élevage), les Affaires sociales, les Contributions ou le Trésor.

    L'administrateur supérieur (depuis 1912), devenu chef de territoire (depuis 1945), était placé sous l'autorité du haut-commissaire de la République, ex-gouverneur général de Madagascar. Pourtant le lien de subordination s'était fortement réduit à une simple obligation sur des questions de sécurité communes aux deux pays. Ce chef de territoire était tenu de transmettre toutes les informations d'ordre local et devait exécuter les décisions arrêtées par Tananarive, dans le cadre de la défense civile ou militaire. Sinon, il ne répondait de ses actes que devant le ministre de la France d'Outre-mer et le gouvernement français. Il était donc l'agent du pouvoir central[7] et le chef de l'administration territoriale[8]. Durant cette période, aucun administrateur français ne laissa son nom dans la mémoire collective : les reconstructions, les guerres coloniales d'Indochine relayées par la guerre d'Algérie (1954-1962) avaient privé l'Archipel du budget nécessaire, d’infrastructures indispensables au plan scolaire, sanitaire et portuaire.

    En mai 1957, lors de la création de la nouvelle Assemblée, l’action principale du chef de territoire se bornait à un rôle de conciliation ; il n'y avait alors qu'un seul parti créé en 1951 par le Prince Saïd Ibrahim, le parti de  « l'Entente Comorienne » dont le noyau était formé de vieux notables traditionalistes religieux, « les vieux turbans  » comme Saïd Al Zaki et Saïd Hussein. Si Ngazidja n'était plus « l'Archipel des Sultans Batailleurs », elle devint néanmoins le théâtre d'une longue rivalité entre deux factions,  « les Blancs » traditionalistes et « les Verts » plus modernistes, comptant dans leurs rangs, les conseillers de l'Union française et leur chef de file, Saïd Mohamed Cheikh.

    En 1956, aux élections législatives, Saïd Mohamed Cheikh fut élu de justesse contre Saïd Ibrahim qui rendit l'administration française responsable de son échec. Ainsi le chef de territoire émit l'idée d'une conciliation entre adversaires et d'un partage de portefeuilles, lors de la création du premier Conseil de gouvernement. Le 13 août 1957, lorsque fut composé ce premier conseil, dont la présidence était assurée par le chef de territoire, les maroquins étaient équitablement partagés entre « Blancs et Verts », la vice-présidence échut à Mohamed Ahmed qui, habilement, avait su se mettre au-dessus des partis. 

    Cette période correspondant à la IVe République fut une période d'apprentissage pour les élites réunies en Conseil général. Malgré un  transfert de compétences vers cette Assemblée, le chef de territoire gardait la réalité du pouvoir. Cependant la loi Cadre créait un véritable Conseil de gouvernement, donc un exécutif local face à l'exécutif français, son pouvoir neuf, mais légitime, ne pouvait que s'affirmer. Pourtant, de 1957 à 1958, les mécontents des deux partis allaient s'unir pour former une opposition qui discréditait l'Assemblée ; c'est pourquoi, avec le référendum de 1958, une dissolution s'imposait, marquant une nouvelle étape.

    Le pouvoir réel était encore à Tamatave et à Dzaoudzi, malgré l'ébauche d'un Conseil de gouvernement et d'une Assemblée élue, et en dépit de l'action politique de Saïd Mohamed Cheikh ; mais en dix ans, la population avait rapidement fait l'apprentissage de la démocratie.


    LE RENVERSEMENT DES RÔLES, LE POUVOIR COMORIEN (1958-1968)

    Au 13 mai 1958 les Comores étaient encore régies par les dispositions du décret du 22 juillet 1957, conformément à la loi Cadre de juin 1956. Le projet de constitution de septembre 1958 offrait un nouvel espace d'autonomie aux Territoires d'Outre-mer qui pouvaient choisir la voie de leur propre destin par rapport à la Métropole. Pour le jeune Archipel, il y avait un choix : accepter ou non la Communauté proposée par le général De Gaulle.

    * la position comorienne : réalisme et raison

    La population comorienne fut d'abord rassurée quant aux possibilités d'évolution du statut de TOM. Le choix vers la Communauté n'excluait nullement le changement : un TOM pouvait devenir DOM ou État membre de la Communauté ou encore, se muer en État indépendant. Il lui suffisait de saisir le gouvernement central dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la nouvelle constitution. Au référendum du 4 octobre 1958, le « oui » fut massif.

    Après une réflexion de deux mois, l'Assemblée territoriale garda pour l’Archipel le statut de territoire, mais réclamait, dans le cadre des aménagements de l'ordonnance de 1958, un certain nombre de réformes tendant à une plus grande autonomie en matière de gestion des intérêts locaux. Ce comportement des élus comoriens fut, cependant, fort raisonnable. S'ils choisissaient la voie française, ce n'était point par refus de l’Indépendance, mais par réalisme, face à la situation économique du pays.

    L'Archipel n'avait ni les ressources suffisantes, ni les cadres nécessaires pour affronter les obligations qu'impliquait une accession à la souveraineté internationale[9]. En outre, la persistance de rivalités « inter-îliennes » et d'antagonismes personnels aggravait la situation. Aussi l'Assemblée territoriale, se fondant sur l'article 74 de la Constitution de 1958 et, sur l'ordonnance du 26 juillet 1958 pour les territoires africains et malgaches, envoya une délégation à Paris, en novembre 1958, composée de parlementaires comoriens (le député Saïd Mohamed Cheikh, le conseiller de l'Union française, Ahmed Abdallah , devenu sénateur en 1958 en battant le colon Grimaldi et le vice-président du Conseil de gouvernement, Mohamed Ahmed), pour obtenir des assurances au plan matériel ainsi qu’au plan des statuts territoriaux.

             Cette délégation sollicita et obtint :
             — le choix et le renforcement de la position de vice-président du Conseil de gouvernement ;
             — l'élection des membres de l'Assemblée territoriale par quatre circonscriptions électorales correspondant aux quatre îles pour que fussent exprimés les particularismes locaux[10]. Notons que cette proposition fut faite avant le contentieux mahorais ;
             — l'accord de principe du transfert du chef-lieu territorial à Moroni. Au préalable, l’Assemblée territoriale avait voté, le 14 mai 1958, une motion à cet égard par vingt-cinq voix contre quatre (les quatre conseillers mahorais naturellement). Cette décision fut lourde de conséquences, elle alimenta en substance le séparatisme mahorais. D'ailleurs, dès 1958, Mayotte demanda une évolution vers le statut de département pour ne pas subir le joug grand-comorien. Cette solution fut écartée immédiatement par Paris, car la départementalisation signifiait assimilation, avec la cohorte de problèmes y afférant, notamment au plan religieux et coutumier.

             Dans cette ère de changement, l'année 1959 fut une année d'élections[11] :
             — le renouvellement de l'Assemblée s'effectua dans ces conditions le 8 mars 1959. Sur trente sièges, Anjouan en obtint dix-neuf, la Grande Comore dix-huit, Mayotte quatre et Mohéli deux. Saïd Mohamed Cheikh fut élu président avec vingt-huit  voix sur trente ;
             — le 27 avril 1959 vit l'élection du Conseil de gouvernement ; Mohamed Ahmed, tête de liste en conservait la vice-présidence. Il fut d'ailleurs nommé membre du Conseil économique et social le 4 juin 1959 ;
             — le 31 mai 1959 se déroulèrent les élections générales. Heureusement le nombre de sièges était de deux[12] et, dans le cadre de la circonscription unique, Saïd M. Cheikh et Saïd Ibrahim se présentèrent sur la même liste ; ils furent élus, malgré une abstention massive des Mahorais mécontents.

                * le statut du 22 décembre 1961, l'avènement de saïd mohamed cheikh

    Ce statut de 1961 reprenait, dans son ensemble, en vertu de l'article 74, la constitution de 1958, cette organisation particulière fondée sur le principe de l'autonomie de gestion et de l'autonomie interne. Un texte considérable, composé de 38 articles, mais qui restait, selon les juristes, assez ambigu, entérina les réformes effectuées à la suite de la loi Cadre.

    En réalité, il s'agissait, par un habile dosage juridique, d'équilibrer les pouvoirs entre une Assemblée territoriale qui devenait Chambre des députés élue pour cinq ans et un double pouvoir exécutif, l'un local, émanant de la Chambre, l'autre, du haut-commissaire de la République représentant la France.

    Pour clarifier les domaines et les limites de ces trois pouvoirs, les services du Premier ministre, Georges Pompidou, en juillet 1963, firent parvenir au haut-commissaire français une lettre interprétant la loi de 1961 :

             — les services d'État comprenaient les Relations extérieures, la Défense, la Monnaie, le Trésor, la Justice et le droit commun (parcelle du droit local) ; les juridictions administratives, le contrôle des Changes et les licences d'exportation, relevaient du haut-commissaire ;
             — les services à caractère mixte, regroupant le Commerce extérieur, l'aéronautique civile, la Radiodiffusion, le Plan, le contrôle des sociétés d'État d'économie mixte, étaient souvent dirigés par un chef de service européen, prenant ses ordres du président ou des ministres comoriens.

               Les attributions de la  nouvelle Chambre
    En fait, la Chambre retrouvait les attributions dévolues à l'Assemblée territoriale. Elle délibérait sur les affaires d'intérêt local, votait le budget de l'Archipel, fixait l'assiette des impôts, réglait les comptes généraux des finances présentés en fin d'exercice par le président du Conseil de gouvernement.

    Mais, bien qu'élue au suffrage universel, elle devait être composée de membres sachant lire et écrire le français. Elle n'était pas souveraine pour plusieurs raisons : d'abord elle était de nature politique puisqu'elle investissait le président du Conseil de gouvernement, ensuite elle jouait un rôle administratif par son pouvoir réglementaire et  financier[13] sur tout ce qui n'était pas dévolu aux deux pouvoirs exécutifs. La modification du statut de 1968[14] essaya de lui rendre davantage de souveraineté puisque le haut-commissaire ne pouvait ni la dissoudre ni assister aux débats.

               Les pouvoirs du haut-commissaire
    Le haut-commissaire de la République, en revanche, nommé par décret en Conseil des ministres à Paris, abandonnait, même avec ce titre prestigieux, une partie des pouvoirs du chef de territoire. Désormais, il n'était plus le chef de l'Archipel et, dans les cérémonies à caractère territorial, il devait céder le pas au président du Conseil de gouvernement.

    Comme son prédécesseur, il promulguait lois et décrets de la Métropole, maintenait l'ordre et la sécurité intérieure, pouvait prendre la parole devant la Chambre et éventuellement la dissoudre (jusqu'au 3 janvier 1968), mais ses prérogatives essentielles recouvraient deux domaines, les relations extérieures et l'aide financière au jeune État comorien. En cas de désordre public, le haut-commissaire pouvait décréter, en accord avec le président du Conseil ou seul, l'état d'urgence. Sans atteindre ces extrémités, après la révolte lycéenne de janvier 1968, le haut-commissaire refusa de faire investir la légion étrangère basée à Vwadju et fit venir des parachutistes de Madagascar pour protéger le lycée et les bâtiments publics. Un désaccord profond s'instaura entre le Haut-commissariat et la présidence du Conseil à propos de l'éviction d'un fonctionnaire français, R. Sabbas, chef de service radiophonique et cause involontaire des événements. De même, en 1969, le haut-commissaire s'opposa à la Chambre des députés qui, en créant un « délit d'atteinte à l'unité », avait outrepassé ses compétences et empiété sur celles de l'État.

             Le texte de la Chambre punissait de :
    « deux à cinq ans de prison et d'une amende de 100 000 à un million de francs CFA »,

    toute tentative pour soustraire une partie du territoire à l'autorité du Conseil de gouvernement. Le Conseil d'État annula, par décret du 4 septembre 1969, ce texte, les atteintes à la sûreté intérieure relevant de l'État français.

    Par le biais de l'article 32 de la Communauté française, le haut-commissaire, sous couvert des services parisiens, pouvait apporter, dans le cadre des lois financières, son concours technique, c'est-à-dire le détachement de personnel, VAT et coopérants, pour faciliter le fonctionnement des services territoriaux. Cet adjuvant efficace allait faciliter le fonctionnement du jeune État ; cependant l'opposition endémique entre administration française et comorienne affaiblissait le système. Certes, les conseillers techniques français se sentaient solidaires de leurs ministres comoriens, mais ils allaient bien souvent se heurter aux secrétaires généraux du Haut-commissariat, surtout dans les secteurs aux limites floues et aux implications politiques marquées, comme la rivalité « inter-îlienne » qui s'accentuait d’année en année.

    Pourtant, à la fin des années soixante, l'observateur pouvait se demander s'il n'y avait pas une lutte occulte pour le pouvoir entre deux administrations parallèles. L'une était dirigée par le Conseil du gouvernement avec un chef incontesté, Saïd Mohamed Cheikh, et un conseiller habile, Raymond Groussolles, chaque ministre ayant son conseiller technique
    [15] et son chef de service obéissant à la Présidence. L'autre s’appuyait sur une structure administrative française avec un haut-commissaire et deux secrétaires généraux qui n'appartenaient pas toujours aux fleurons administratifs de la République. Aussi, bien souvent, des esprits chagrins persiflèrent à l'endroit de ces ex-coloniaux africains[16], ex-gouverneurs ou commandants de Cercle, souffrant de la coopération en Afrique et recherchant, dans ces territoires périphériques, l'exercice bien précaire d'un pouvoir rétréci.

               Le Conseil de gouvernement, un véritable organe exécutif
    Le statut de 1961 en faisait un organe exécutif véritable, investi à la majorité des deux tiers par la Chambre des députés, pour une durée indéterminée[17].

    Formé par un cinquième de la Chambre des députés (sept membres), un vote de défiance ou une motion de censure de la majorité des 2/3 entraînait sa démission. En revanche, le président du Conseil ne pouvait dissoudre la Chambre. Il avait les mêmes prérogatives qu'en 1958, augmentées du pouvoir de l'Administration supérieure, comme la convocation et l'ordre du jour du Conseil, il procédait à la répartition territoriale des services entre ministres, établissait les projets de budget et gérait les affaires territoriales.

    En janvier 1968, pour équilibrer les pouvoirs importants de la Chambre, il put assumer la tutelle des collectivités locales et dissoudre l'Assemblée en lieu et place du haut-commissaire de la République.

                * le transfert du chef-lieu : le choix de moroni

    Dzaoudzi, chef-lieu de Mayotte et de l'Archipel, exprimait par cet avantage son attachement historique antérieur à la France, en quelque sorte son « droit d'aînesse ». La supériorité numérique de la Grande Comore et d'Anjouan, leur passé historique plus prestigieux devaient ramener Mayotte, dans le cadre unifié de l'Archipel, à un rang plus modeste, dès que le retrait français se ferait sentir. Ce transfert de pouvoir allait être marqué par une rupture spatiale symbolique. Aucun insulaire ne voulait investir les bâtiments, d'ailleurs vétustes et insuffisants, de l'ex-province coloniale. Le transfert ne fut cependant pas aisé, la France n'ayant peut-être pas mesuré tous les facteurs psychologiques qui allaient en découler.

    La discussion du transfert de chef-lieu avait été décidée, en mai 1958, par 25 voix contre les quatre mahoraises, mais pratiquement rien ne se fit avant 1961, l'Administration supérieure siégeant à Dzaoudzi se sentant plus indépendante de l'Assemblée qui, elle, siégeait à Moroni. Le statut du 22 décembre 1961 conféra à la Chambre un caractère politique qui obligea l'administration française à se soumettre à la décision de 1958. Ce fut Yves de Daruvar, remplaçant le haut-commissaire Louis Saget qui entérina le choix de l'Assemblée territoriale :

    "estimant que les douze hectares du « Rocher » (Dzaoudzi) ne pouvaient répondre aux exigences de l'avenir".

    En réalité, ces douze hectares s'étaient révélés insuffisants depuis bien longtemps. Quelques années à peine après l'occupation française à Mayotte, le commandant Passot, craignant les indigènes, avait choisi la protection du « Rocher », méchant îlot pierreux, privé d'eau et proche des marais de Fugazu infestés de moustiques. Mais, très vite, dès le Second Empire, la navette des bateaux de la Grande Comore au Rocher s'avéra inefficace et l'administration décida le transfert du chef-lieu à Mamutzu en construisant, en 1870, le futur hôtel de gouvernement. Le ministère des Colonies projeta un transfert progressif de l'administration sur la Grande Terre en vingt ans, mais ce fut un échec total. Aucun bâtiment construit n'était habité et, à la fin du siècle, tout était en ruines, sauf le Palais de justice. Sur « le Rocher », l’administration se concentrait autour du gouvernement dans des bâtiments de style colonial. Le déplacement des services administratifs, entre 1962 et 1968, ne laissa malheureusement que des bâtisses lépreuses et vides, images insoutenables d’un abandon certain. 

    Si le Conseil général, bien qu'élu, ne reflétait pas le nationalisme grand-comorien, il n'en était pas de même de l'Assemblée territoriale où  dix-huit Grands-Comoriens (sur 30 membres) estimaient que Moroni, avec ses 8 000 habitants, était le premier centre de l'Archipel et devait hériter du chef-lieu[18].

    Ainsi la décision du transfert fut un des premiers actes (mai 1958) de l'Assemblée territoriale. Le transfert effectif se fit attendre car l'administration française ne voulait point réitérer l'erreur de 1870. La nouvelle capitale devait d'abord être rapidement construite, pour y installer, en quelques mois, tous les services territoriaux et étatiques.

    À cet égard et en changeant d'échelle, la distinction entre les pouvoirs comoriens et français se marquait fortement au plan spatial. La Chambre des députés, face à la mer, déléguait, en quelque sorte, sa souveraineté exécutive sur les deux buildings du Boulevard du Bonheur, érigés en quelques mois par l'architecte Manette, où siégeaient le Conseil de gouvernement et les principaux ministères. Sur la corniche, au nord des  « buildings », s'égrenaient, sur la coulée de laves, les villas des principaux ministres jusqu'à la limite d'Itsandra, à Beït Salam, où se situait la demeure, au point de vue imprenable, de Raymond Groussolles, l'homme fort du régime. Le haut-commissaire et ses services occupèrent quelque temps le centre de la Subdivision sur la Place du même nom, aujourd’hui Place de France, avant de s'établir à Ntsudjini ; un superbe lotissement administratif et résidentiel, mais isolé, écarté de la population et des rumeurs, abritait en réalité un pouvoir exilé, gérant ses fonctionnaires dans une atmosphère de calme et de semi-retraite, justifiant sa présence par un ballet de dépêches lues, plus ou moins distraitement, par une administration pléthorique.

                * faiblesse de l'administration territoriale et des communes

    Face à l'affirmation du pouvoir central, le pouvoir dit territorial, c'est-à-dire l'administration des cantons et des villages, paraissait bien terne, voire insignifiant. Aujourd'hui encore, le phénomène se vérifie.

    Entre 1912 et 1915, quatorze cantons avaient remplacé les sultanats avec un chef de canton nommé par le chef de subdivision. Ce système resta en place jusqu'en 1958, avec une diminution du nombre de cantons de quatorze à onze ; néanmoins, à Ngazidja, le chef du canton était assisté d'une petite assemblée élue à partir de délégués de villages (un délégué représentant cinquante personnes) qui payaient l'impôt de capitation (la « tête »).

    Cette assemblée consultative donnait son avis sur les questions, souvent secondaires, que lui soumettait le chef de canton. Celui-ci consacrait le lien entre le village, le mdji, et le préfet nommé par le Conseil de gouvernement. Ce rouage, si important[19] entre les deux guerres, tomba en désuétude dans les années cinquante, sous prétexte que les fonctionnaires de catégorie C ou D, qui occupaient ces postes, maîtrisaient mal le français[20].

    Les réformes de 1961 et 1968 transformèrent chaque île, donc chaque subdivision, avec un conseil de circonscription élu, placé sous l'autorité du préfet, représentant gouvernemental et remplaçant le chef de subdivision. Ce conseil de circonscription comprenait trente-quatre membres élus pour cinq ans ; ils votaient le budget de l'île dont les ressources, somme toute minimes, provenaient de l'impôt (foncier et capitation), du produit des taxes d'abattage, des droits de place au marché. Lors des réunions préfectorales, toujours en français, le dialogue avec les conseillers ne sachant s'exprimer qu'en comorien était donc traduit : leurs doléances comme celles de leur village apparaissaient mineures pour le préfet qui voulait marquer sa distance
    [21] et elles restaient, le plus souvent, sans effet. Le préfet, nommé, était le représentant de la circonscription et le bras exécutif du Conseil de gouvernement. Il était choisi parmi les grandes lignées.

    À Ngazidja, île de 1 025 km
    2, les onze cantons étaient regroupés en trois arrondissements (Nord, Centre et Sud), flanqués chacun d'un sous-préfet qui, comme son supérieur hiérarchique, avait un rôle politique d'information par le canal du chef de canton et du chef de village, mais lui incombait également une tâche administrative de surveillance et de maintien de l'ordre. Comme ils étaient également tuteurs des communes, un des premiers préfets de Moroni se déclara alors « maire de la ville », arborant pantalon blanc sur le cours de tennis, comme un maire bien connu d'une ville du sud-ouest français.

    En dépit de l'apparence prestigieuse de leur poste, les préfets comoriens n'avaient droit aux égards que lors de stages en Métropole. Sans voiture ou nantis d'une guimbarde infâme, ils ne pouvaient effectuer leurs tournées et devaient attendre, inactifs, les rapports oraux des chefs de village. Les préfectures n'étaient guère avenantes : aucun rideau dans celle de Fumbuni, sauf dans le bureau du préfet, un sol  cimenté et une pauvre machine à écrire derrière laquelle une secrétaire attendait midi ou seize heures en baillant. L'essentiel du budget, d'ailleurs très faible, entre 12 et 20 millions de francs
    CFA pour Ngazidja, servait uniquement à régler les salaires, pourtant modestes, des employés de préfecture. Ainsi, il ne restait pratiquement rien pour l'entretien des routes, des écoles et des bâtiments publics.

    Le village ou mdji était le fondement administratif et coutumier dirigé par un chef de village, nommé par le chef de subdivision jusqu'en 1959. Élu au début des années soixante, il fut de nouveau nommé, à la suite de multiples désordres. Veillant au maintien de l'ordre, appliquant lois et règlements, il recevait une petite allocation mensuelle. Il s'appuyait sur un conseil de notables n’ayant qu’une autorité morale
    [22], désigné par l'administration préfectorale.

    L'indigence de l'administration territoriale aurait pu être compensée par les pouvoirs communaux qui avaient si bien réussi dans le cadre de Folkonola, à Madagascar. Si le législateur, tant à l'époque coloniale que sous la loi Cadre, n'avait pas voulu faire bénéficier l'île de ce système de décentralisation, c'est qu'il jugeait les populations :

    « insuffisamment évoluées économiquement pour assumer des responsabilités municipales[23] ».

    La loi de 1961 permettait au président du Conseil de créer des communes de plein exercice ou de moyen exercice. Juridiquement, avec l'accord de la Chambre, le Conseil de gouvernement érigea Moroni et Mutsamudu en communes de moyen exercice
    [24]. Comme chaque commune devait être assez puissante au plan économique pour équilibrer son budget, le gouvernement multiplia ce chiffre par deux en y ajoutant Domoni (Anjouan) et Mitsamihuli, le 2 mars1970.

    Dotées d'autonomie financière, Moroni comme Mitsamihuli étaient dirigées par un maire-administrateur qui était également préfet ou sous-préfet, nommé par le gouvernement, pour une durée de six ans. Il était aidé par un conseil municipal de vingt membres, élus au scrutin de liste, avec des conditions d'éligibilité strictes
    [25].

    Le contrôle du pouvoir central sur la commune était plus important qu'en Métropole : il touchait les baux de plus de cinq ans, le transfert de propriété communale, les acquisitions de logement, les projets pour les travaux nouveaux, les routes. Ce contrôle portait déjà en lui l'échec communal largement renforcé par la défection des conseils municipaux ayant peu d'intérêt pour la chose publique, surtout sans indemnités. Au plan financier, l'essentiel (60 %) était formé de la patente, impôt en général acquitté par les commerçants, mais, en 1963, Moroni n'avait que sept millions de francs
    CFA de budget annuel et les préfectures devaient acquitter les salaires d'une pléthore d'employés communaux !

    Pourtant la gestion communale est un facteur d'apprentissage de la démocratie. Quelques administrateurs ont proposé un regroupement de plusieurs gros villages, ou
    mdjini, pour une meilleure assise financière. Cette idée chemine encore aujourd’hui, peut-être sera-t-elle reprise ultérieurement.

                * les hommes de pouvoir sous l'autonomie interne

    Le transfert du pouvoir politique de la France à l'Archipel s'accompagna de partis et d'hommes nouveaux destinés à conduire le jeune État vers l'Indépendance. Dans ce territoire très politisé, plusieurs leaders émergèrent de l'après-guerre, mais, à la fin des années soixante, une opposition active s'appuyant sur les lycéens, les jeunes étudiants et les révolutionnaires qui réclamaient le départ de la France, conduisit – peut être trop rapidement – l'Archipel à la viabilité incertaine aux solutions radicales.

               Des partis de clientèle

    L'absence de journaux locaux, et de programmes radiophoniques instructifs[26]  firent des Comores une proie facile pour les notables des principaux villages qui, après palabres, se prononçaient pour un homme et lui restaient facilement acquis[27].

    L'absence d'idéologie, sauf pour les partis d'opposition, favorisa les hommes aux dépens des partis. D'ailleurs ces derniers n'avaient pas de véritable dénomination, ils étaient affublés de vocables on ne peut plus simplistes, correspondant à la couleur des bulletins de vote utilisés : bulletins blancs pour le « Parti Blanc » du Prince Saïd Ibrahim, bulletins verts pour le parti de Saïd Mohamed Cheikh, l'
    UDC (Union démocratique comorienne).

             – Saïd Mohamed Cheikh et le Prince Saïd Ibrahim

    Les deux hommes, à la personnalité fort différente, allaient dominer la vie politique de l'après-guerre jusqu'en 1970 ; leur concurrence ne s'atténua qu'en 1959, lorsque deux sièges de députés furent accordés à l'Archipel.

    Saïd Mohamed Cheikh, né en 1905, était issu d'une lignée prestigieuse[28]. Élève studieux, il poursuivit ses études à « Le Myre de Villers » à Tananarive, dans la section médicale, d'où son titre imposant de « Premier Docteur  de l’Archipel », dans un milieu de faible culture occidentale. S'appuyant sur les campagnes, poussant les paysans à occuper « en grattes » les terres de la SAGC, il jouit très vite d'une grande popularité.

    Saïd Ibrahim, héritier de l'hinya Pirusa et fils aîné du dernier lit de Saïd Ali, naquit en 1911 ; il fit également ses études à Tananarive. Il fut chef de canton dans l'entre-deux-guerres ; moins fantasque que son demi-frère Saïd Hussein, il représentait  l'espoir politique des notables, ce qui lui valut la dénomination usurpée, selon les puristes, de « Prince »
    [29]. Très courtois, très intègre, quoique timide, voire effacé, portant le lourd fardeau d'une lignée prestigieuse de Ntibe, il fut rendu responsable du traité de 1885 avec Léon Humblot et battu aux élections de 1945 par Saïd Mohamed Cheikh. Il essaya, sans succès, de lui ravir son siège jusqu'en 1957, s’appuyant sur  son parti, « L'Entente Comorienne ».

             – Le « Cheikhisme » (1961-1970)

    Le 31 décembre 1961, Saïd Mohamed Cheikh quitta son siège de député et devint président du Conseil de gouvernement ; il le resta jusqu'à sa mort, en 1970. Cette période de dix années, qui vit le transfert de la capitale, le transfert des compétences administratives ainsi qu’une effervescence intellectuelle et politique, demeura ancrée dans la mémoire collective comme une ère de progrès. Ce président charismatique, populaire mais autoritaire, dans la lignée des grands administrateurs français, reste, pour la majorité de la population, le père virtuel de l'Indépendance de l'Archipel.

    Critique à l'égard de la France dans sa politique d'aide financière et culturelle, il sut se montrer clairvoyant dans le processus indépendantiste. Dans un journal malgache, le 16 octobre 1968, le président déclarait :

    "La France n'a jamais refusé l'Indépendance aux Comoriens, ceux-ci l'auront quand ils la demanderont... Il reste à définir les modalités d'acquisition. Cette Indépendance ne doit pas être précipitée. Il faut réfléchir à tout, car c'est l'Archipel tout entier qui engage son avenir. Au fond, que demandent les hommes, sinon leur liberté ? Cette liberté nous l'avons avec notre régime actuel d'autonomie interne. Il nous manque pour faire figure de pays indépendant la diplomatie, la défense et la monnaie. Croyez-vous qu'en n'envoyant aucun représentant à l'ONU. les Comores soient pour autant colonisées ? J'ai tout le temps de réfléchir à cette Indépendance progressive, Indépendance dans l'amitié avec la France à qui nous devons beaucoup...".

                Les partis d'opposition

    Le système électoral en vigueur sous l'Autonomie interne, le scrutin de liste à un seul tour enlevaient tout espoir aux forces politiques secondaires qui n'auraient pu être représentées qu'à la proportionnelle. Aussi les partis minoritaires d'opposition, absents de l'Archipel, ne s’appuyant que sur une propagande malaisée par tracts ou par ondes[30] se caractérisaient-ils par une attitude radicale anti-française et antigouvernementale fondée sur une idéologie révolutionnaire et l'octroi immédiat de l'Indépendance.

             – Les partis indépendantistes

    Le Mouvement de libération nationale des Comores, le Molinaco, fut fondé en 1961 à Dar-es-Salam. Mouvement séparatiste, fondé par les Comoriens de Zanzibar et du Tanganyika, s'inspirant largement de l'idéologie révolutionnaire de Julius Nyerere, ce parti visait à libérer l'Archipel du colonialisme et de tout système qui contribuait directement ou indirectement à la domination et à l'exploitation des masses comoriennes[31]. Interdit à Moroni[32], le MOLINACO allait habilement mettre la France en difficulté à l'ONU puis à l'OUA, par le biais du Comité de décolonisation – encore appelé Comité des vingt-quatre – soulignant, entre 1964 et 1968, le caractère colonial de l'administration française[33]. La même année, le MOLINACO, sans succès d'ailleurs, appela les Comoriens à se libérer par la violence. Mais de 1968 à 1974, son responsable, Abou Bakar Boina ne reçut que l'appui moral du Comité qui tergiversait, gagnait du temps, malgré de multiples séances à New-York. En fait, le Comité avait bien saisi le côté marginal du MOLINACO et s'il le soutint au plan idéologique, il était impossible de lui donner satisfaction au plan politique. Ce fut seulement en 1974, lorsque le processus d'indépendance de l'île fut défini par la France, que l'ONU exclut[34] le délégué français de la Conférence de la FAO à Port-Louis (Maurice) et, en septembre 1974, elle adopta une résolution demandant à la France de faciliter la venue des membres du MOLINACO dans l'Archipel. Son leader, Abou Bakar Boina, fut accueilli à Moroni, le 26 octobre 1974, par deux mille militants enthousiastes.

    En revanche l'
    ASEC[35] et le PASOCO, deux mouvements d’obédience socialiste, fondés respectivement en 1966 et 1968, usaient d'un langage révolutionnaire caractéristique de l'époque et réclamaient, eux aussi, l'Indépendance. Le premier, Association des stagiaires et des étudiants des Comores, était issu de mouvements d'étudiants comoriens en France, refusant l'aliénation et l'exploitation française :

    "qui maintient au pouvoir une aristocratie parasitaire".

    Il s'appuyait sur un petit organe de quelques pages, excessif et souvent mal informé, « Trait d'union ». Le PASOCO comme l'ASEC développaient une idéologie anticapitaliste et anticolonialiste empruntant beaucoup aux leaders socialistes comme Castro, Mao Tse Toung ou aux grandes figures tiers-mondistes comme Frantz Fanon et Che Guevara. Contrairement au MOLINACO, les membres du Pasoco, opposants reconnus, vivaient sur le territoire et occupaient des positions de fonctionnaires subalternes. Leur chef était Sharif Saïd Ahmed. Les dirigeants se recrutaient parmi les anciens de l'ASEC et avaient pour support un organe ronéotypé, Uhuru [36] ou « Indépendance », qui tirait à 400 exemplaires. En milieu rural, les dirigeants se déplaçaient de village en village et essayaient de diffuser une doctrine « révolutionnaire » fondée sur l'expulsion des colons et la création de coopératives, la nationalisation des sociétés exportatrices et l’autosuffisance alimentaire[37].

             – Le Mouvement Populaire Mahorais, ferment de séparatisme

    Il n'eut jamais avant 1976 de programme socio-économique, son seul objectif était  de maintenir, coûte que coûte, Mayotte dans l'ensemble français.

    Les Mahorais eurent longtemps des liens privilégiés avec Madagascar, Mahajanga Sainte-Marie et Nosy Bé. D'ailleurs une partie de la population parle un dialecte sakalave et certaines élites sont originaires de Sainte-Marie. Bien que musulmans, ils n'ont pas cette ferveur grand-comorienne dans la pratique de la foi émanant de liens très étroits avec Zanzibar[38]. Surtout les Mahorais ont des liens privilégiés avec la France puisqu'ils avaient été libérés du joug « d'Adriantsouli » en 1843.

    La cause la plus évidente de rupture fut la décision de transférer la capitale de Dzaoudzi à Moroni par l'Assemblée territoriale. Dès 1958, le « Congrès des Notables de Mayotte »
    [39] était créé, présidé par G. Nahouda qui réclamait, ipso facto, le statut de département français. En 1959, face aux candidats grands-comoriens (Saïd Mohamed Cheikh et le Prince Saïd Ibrahim), les électeurs mahorais s'abstinrent. Entre 1959 et 1961, les élus mahorais essayèrent d'obtenir de Paris un statut évolutif pour se désolidariser de Moroni. Cette dérive institutionnelle fut refusée par les Anjouanais et les Grands-Comoriens qui réaffirmèrent leur statut de TOM, Archipel indivisible. Les créoles de Mayotte restèrent alors spectateurs. Regroupés au sein de l'UDIM (Union pour la Défense des Intérêts de Mayotte), ils étaient à la recherche d'une solution transitoire pour leurs intérêts propres et cherchaient, surtout, à obtenir des modalités d'indemnisation favorables en cas d'Indépendance brutale.

    Les départs successifs des diverses administrations du « Rocher » appauvrirent l'île et alimentèrent la grogne. De nombreux fonctionnaires métropolitains abandonnèrent domestiques, maîtresses ou concubines, ainsi la population féminine de l'îlot était extrêmement sensibilisée. À son arrivée, une expulsée de Madagascar, Mme Zeina Mdere, matrone illettrée mais charismatique, déchaîna les passions par des discours francophiles enflammés en langue mahoraise. Les députés mahorais soutinrent habilement Mme Zeina et sa compatriote Zeina Meresse qui rendaient responsables, Saïd Mohamed Cheikh, « l'homme du transfert ». Dans un souci de réconciliation, celui-ci se rendit à Mayotte en août 1966, il fut bafoué par Mme Zeina
    [40]. Autoritaire, il répondit maladroitement à ces vexations par des mesures de rétorsion : déplacements de l'unique médecin, en l'occurrence Martial Henry, éviction de Marcel Henry du Conseil économique et social, privations de licences aux commerçants importateurs et refus d'octroyer une barge à Pamanzi.

    Le retour de Marcel Henry allait permettre au
    MPM de se structurer entre 1967 et 1970. La détermination des femmes qui menaçaient de se coucher sur la piste si un Moronien se présentait, coupa l'île du Gouvernement central. Ahmed Abdallah comme Mohamed Ahmed achetèrent un domaine à Mayotte (200 ha). Les Mahorais empêchèrent quiconque d'y travailler et  les terres périclitèrent.

    À la mort du président Saïd Mohamed Cheikh, la tension diminua et le Prince Saïd Ibrahim, pour montrer sa bonne volonté, nomma Martial Henry, ministre de la Santé et installa un bataillon de la légion à Dzaoudzi. Mais ces mesures d'apaisement furent complètement annihilées par le discours de Pierre Messmer, ministre d’État chargé des DOM TOM qui déclarait en janvier 1992 que :

    « Mayotte française depuis 135 ans peut le rester encore pendant autant d'années, si elle le désire[41] ».

                la marche vers l'indépendance (1968-1975)

                les prÉmices de l'État lycÉen catalyseur des forces d'opposition :

                « pousser les vieux »
    [42]


    Entre 1968 et l'Indépendance, les opposants au pouvoir en place s'appuyèrent sur les manifestations lycéennes pour le déséquilibrer et hâter la « Marche vers l'Indépendance ».

               Les grèves de janvier 1968 à Moroni

    En janvier 1968, un Héron de Havilland de la Compagnie « Air Comores », en provenance de Dar-es-Salam, heurtant une balise de vision nocturne de l'aéroport d'Ikoni, proche du lycée, s'abîma en mer. De nombreux cadavres flottant sur les eaux furent repêchés par les passagers du DC3 de Tananarive qui venait d'atterrir, abandonnant leurs effets personnels sur l'estran.

    Un journaliste de l'ORTF, le soir même, se lança dans une diatribe moralisatrice contre les lycéens et badauds accusés d'avoir faits les poches des sauveteurs plutôt que de plonger pour récupérer les victimes. Le lendemain, le lycée fut saccagé, les enfants de colons molestés et un défilé de lycéens, arborant des pancartes, réclamait le départ du journaliste et du conseiller personnel du président. Une intervention des parachutistes de Tananarive, un emprisonnement de quelques heures créèrent une fraternité certaine entre ces premiers résistants au colonialisme. Certains prirent le maquis trois ou quatre semaines, rendant Ngazidja peu sûre, d'autres rejoignirent le MOLINACO à Dar-es-Salam, abreuvant d'insultes les professeurs coopérants français à Moroni.

    Les lycéens avaient pris conscience de leur force, ils devaient en user par la suite, en novembre 1973
    [43] et surtout après l'Indépendance.

               Les nouveaux partis d'opposition

    En septembre 1968, naissaient deux nouveaux partis, le Front démocratique (FD) et le Rassemblement démocratique du peuple comorien (RDPC). Ils regroupaient des hommes nouveaux, ayant moins de trente ans, hostiles au président Cheikh, ayant fait l'anda, donc tous notables. Parmi eux, des politiciens actuels, comme Ali Mroudjae, Mohamed Hassanaly, Saïd Bakar Tourqui, élurent le cousin de Saïd Ibrahim, le prince Djaffar, comme président et Mouzaoir Abdallah comme secrétaire général. Leur mot d'ordre interne était : « Pousser les Vieux », slogan souvent répété lors des manifestations lycéennes de janvier 1968. Mouzaoir et Mroudjae obtinrent la démission du gouvernement en place. Le pouvoir lycéen s'était pour la première fois révélé, coupant le vieux président Cheikh de la jeunesse de l'Archipel.

               La mort de Saïd Mohamed Cheikh et l'éviction de Saïd Ibrahim

    Après la mort en mai 1970 du leader des « Verts », le Prince Saïd Ibrahim accéda au pouvoir, mais sa gestion attentiste et frileuse facilita toutes les manœuvres. Un  congrès extraordinaire du RDPC, le 12 mars 1972 fit adopter une alliance tactique avec l'Union démocratique des Comores, le « Parti Vert », maintenant dirigé par Ahmed Abdallah. Aussi le 12 juin 1972, à la première réunion extraordinaire de la Chambre, le Prince Saïd Ibrahim fut censuré par vingt-quatre voix contre six. Djaffar, un noble moronien, venait d'abattre son cousin au profit du négociant anjouanais. Le 10 septembre 1972, l'union de ces deux partis donnait naissance à l'UDZIMA qui, un moment, fut appelé « Parti Bleu ». Abdallah accéda à la présidence du Conseil de gouvernement. Le parti avait admirablement fonctionné : porter de jeunes politiciens au pouvoir.

    Mais des intérêts contraires allaient diviser en trois courants ce nouveau parti vainqueur. Le cœur, c'est-à-dire l'
    UDZIMA (Union nationale pour la démocratie aux Comores), passait sous le contrôle d'Ali Mroudjae ; le RDPC reprenait son autonomie en affichant deux tendances : celle du secrétaire général Mouzaoir Abdallah et celle plus à gauche, avec comme leader Saïd B. Tourqui ; Mohamed Hassanaly se repliait à Mohéli pour développer l'UJAMA (Parti de la communauté), excroissance de l'UMMA (Parti du peuple). Enfin,  le prince Djaffar, toujours modeste, réglait les affaires courantes en attendant les élections législatives du  3 décembre 1972. 

               La création de l'
    UMMA, Parti du peuple

    Comment cette union des contraires entre Saïd Ibrahim, les notables sultaniques et Ali Soilihi, le laïque populiste put-elle naître ? Ali Soilihi, après le coup d'État du 3 août 1975, faisait des débuts de l'
    UMMA une quasi légende :

    " À partir de 1968, les paysans m'ont demandé de me présenter aux élections pour essayer de trouver une autre voie (...) Or à la mort de S. M. Cheikh, le prince Saïd Ibrahim fut investi par la Chambre qui était une Chambre du "Parti Vert". Le Prince m'a demandé de le seconder et j'ai occupé le ministère de l'Équipement pendant un an et demi.(...) J'ai entraîné le Prince à être renversé car il n'y avait pas d'entente entre ses conceptions politiques et les classes qui disposaient de la majorité à la Chambre... Jusqu'à cette date, je n'avais pas de parti politique, j'avais des amis, on nous appelait "
    MRANDA" (l'entraide). En septembre 1972, nous avons créé l’UMMA. avec le Prince et ses amis. En deux ans et demi, nous avons renversé la situation : avec 27 % de voix sur les îles, nous n'avions pas de représentant dans un scrutin de liste majoritaire. Nous avons donc constitué l'opposition rassemblant les autre forces patriotiques : le MOLINACO, le PASOCO, le RDPC, l'UJAMAA et nous avons constitué le Front national uni".

                                                          
    Libération du 8 septembre 1975, "Un interview d'Ali Soilihi" par Félix Germain.

    En fait, Ali Soilihi, élu député en 1967, appartenait au Parti Vert ; quant à la censure du gouvernement de Saïd Ibrahim, elle n'était pas due à Ali Soilihi, mais à la pression de la jeunesse lycéenne, soutenant le
    RDPC désirant l'Indépendance[44]. La création de l'UMMA répondait, il est vrai, à la création de l'UDZIMA. Or l'UMMA anti-indépendantiste, perdante aux élections du 3 décembre 1972 face à l’UDZIMA[45], fut récupérée par Ali Soilihi qui noua les dialogues nécessaires pour regrouper les petits partis dans une dynamique d'opposition. Le Front national uni prenait appui sur la jeunesse lycéenne et les jeunes paysans des domaines de Saïd Ibrahim qui démontrèrent leur force dans plusieurs actions violentes[46]. L'accueil enthousiaste, le 26 octobre 1974, du leader du MOLINACO, Abou Bacar Boina, montrait sans équivoque que cet ex-parti du Prince était devenu un parti du peuple et que son chef incontesté était Ali Soilihi.  

                * les ratÉs de l'autonomie

    Les trois dernières années de l'Autonomie interne, une succession de choix insolites et de circonstances imprévues, allaient conduire l'Archipel à une rupture avec la France, puis vers une radicalisation gouvernementale déséquilibrante, voire néfaste à l'Archipel et à Moroni.

                Un scénario classique vers l'Indépendance

    Dans une visite à Georges Pompidou en janvier 1973, Ahmed Abdallah, nouveau président du Conseil de gouvernement, négocia, sur cinq ans, l'accession à l'Indépendance entérinée par une déclaration commune le 15 juin 1973[47].

    Il était prévu une consultation des populations, mais la position française était incertaine : les députés
    RPR, comme Michel Debré ou Pierre Messmer, désiraient un vote par île, alors que le texte soulignait « l'unité de l'Archipel », solution[48] du ministre des DOM-TOM Stasi[49] et du président Georges Pompidou. Depuis décembre 1972, Abdallah disposait d’une bonne majorité à la Chambre et avait réduit l'audience du MPM. Habile négociateur, il espérait s'installer au pouvoir pour de longues années.

               Les difficultés d'Ahmed Abdallah

    La mort du président Pompidou voyait le départ d'un grand politique, insensible aux « ultras » RPR et propice à l'unité de l'Archipel. Par malchance, Moroni choisit de soutenir Jacques Chaban-Delmas comme candidat aux élections présidentielles en mai 1974, alors que Mayotte, par opposition, supporta Valéry Giscard d'Estaing. Ce dernier, élu, fit un cadeau royal au RPR en ne dissolvant pas l'Assemblée nationale.

    Les députés favorables au
    MPM, Pierre Messmer et Michel Debré, la mouvance Foccart, les barons du gaullisme proches de J. Chaban-Delmas, n'appréciant guère la défection de Jacques Chirac en faveur de Giscard d'Estaing, trouvèrent là une bonne occasion de mettre les deux néophytes en difficulté[50], d'autant que le ministre des DOM-TOM, Olivier Stirn, ne brillait ni par ses convictions politiques ni par sa connaissance des dossiers.

    La consultation des populations des Comores par le référendum du 22.12.74 sur l'accès de l'Archipel à l'Indépendance, fut un succès pour l'
    UDZIMA :

    "À l'issue d'une campagne sans passions"
    [51],

    les trois îles optaient pour le «oui » ( 94,56 %) Mayotte pour le « non », avec 63,82 % des voix, mais le vote global
    [52] est toujours d’actualité. Profitant du refus mahorais l'opposition, par les voix du Prince Saïd Ibrahim et de Boina, réclama de nouvelles élections pour la préparation de la Constitution et tous les opposants, de Marcel Henry à Ali Soilihi, firent, durant six mois, une campagne de dénigrement vis-à-vis d'Ahmed Abdallah, soulignant sa richesse d'origine douteuse et son incompétence politique[53].

    Le sort s'acharna sur l'Anjouanais et son parti car une épidémie de choléra s'abattit sur Ngazidja, pendant son absence de mars à avril 1975
    [54]. Devant une telle agitation, le président concédait « une Table ronde » à tous les partis, sauf au MPM, mais de nombreux désaccords discréditèrent la classe politique. Sentant son adversaire en difficulté, Mouzaoir Abdallah, président de la Chambre, déclencha une crise politique en démissionnant en avril 1975 et en déclarant au Monde  que :

    "l'Archipel se trouvait dans un vide juridique
    [55]...".

    Le président Abdallah, lâché par le
    RDPC, se retrouvait l'homme d'Anjouan dans un monde hostile, grand-comorien. Les élections municipales du 1 juin 1975 confirmaient ce rejet qui gagnait Mohéli et Anjouan. Mais Paris faisait confiance à Ahmed Abdallah, alors que le MPM multipliait ses contacts et ses voyages, sentant, « O divine surprise », que la nouvelle équipe au pouvoir pouvait se laisser fléchir par :

    "le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes"
    [56].

    Ainsi, peu à peu, la solide position politique d'Ahmed Abdallah acquise en décembre 1972 s'était effritée et, en juin 1975, lorsque le projet de loi sur l'Indépendance vint en discussion au Parlement comme au Sénat, tous lui furent hostiles
    [57]. Blessé dans son amour-propre, Ahmed Abdallah déclarait à Jacques Chirac le 27 juin :

    "Nous avons fait marche arrière de deux ou trois ans. C'est navrant et écœurant. Le texte proposé par le gouvernement français a été tellement amendé qu'il ne reste pas grand chose, au fond, pourquoi la France ne dicte-t-elle pas le texte de la Constitution qu'elle désire nous voir adopter ? Je ne proclamerai pas l'Indépendance avant de consulter mes compatriotes, c'est-à-dire l'Assemblée comorienne et les partis politiques
    [58]".

                * l'indépendance unilatérale

    De retour à Moroni le 4 juillet 1975, Ahmed Abdallah « ignora le délégué général de la République Henri Beaux »[59], pour manifester avec ses amis de l'UDzima aux cris de Uhuru, « Indépendance ». Le 5 juillet en djoho et turban d'argent, il pénétra dans la Chambre des députés et déclara  :

    "l'Indépendance immédiate et unilatérale de l'Archipel dans ses frontières coloniales, c'est-à-dire Mayotte, Mohéli, Anjouan et la Grande Comore
    [60]".

    Immédiatement le Délégué général décréta l'État de Siège et la légion prit position, durant 48 heures, autour des « bâtiments d'État », poste, aéroport, radio. De leur côté, les députés mahorais dénonçaient à Paris, par télégramme, la décision illégale du gouvernement comorien
    [61]. Le 8 juillet, à 9 heures, la Chambre des députés s'érigea en Assemblée nationale provisoire et nomma Ahmed Abdallah chef de l'État. L'Assemblée accorda, aux seuls musulmans, la nationalité comorienne et frappa d'ostracisme la minorité créole des colons, alors que Mohamed Taki installait son PC, sa police, sa garde dans les locaux du Centre de formation administrative. L'Indépendance était acquise, mais la démocratie comorienne était fortement ébranlée.

    **
    *
     

    À l'aube de l'Indépendance et après un siècle de protectorat et de colonisation, les Grands-Comoriens ont regardé, amers, leur passé et se sont interrogés sur leur avenir. Si de 1946 à 1975, le bilan économique et social de l'Archipel n'a pas été exemplaire1946 à 1978, on peut, sans crainte, dire qu'il a été inexistant durant l'entre-deux-guerres et carrément aliénant sous le protectorat, où un aventurier put s'octroyer, sans vergogne 52 % de l'île.

    Malgré tout, la France, en 1975, a pu laisser une construction politique, grâce à son action centralisatrice, les quatre îles ayant été, pour la première fois de leur histoire, réunies durant près d'un siècle. Quelles que soient les raisons mahoraises ou métropolitaines, c'est cette unité qui a prévalu dans la pensée des deux premiers présidents de la Ve République française.

    Jusqu’en 1973 les chefs du
    MPM, Marcel Henry et Adrien Giraud, n’osaient caresser l’espoir d’une séparation. Il a fallu les querelles entre parlementaires UDF et RPR, la conviction de Pierre Messmer, alors Premier ministre, conjuguée au décès du président Pompidou et surtout, adjuvant essentiel, la faute politique d’Ahmed Abdallah espérant forcer le destin en plaçant Paris au pied du mur par un acte illégal, pour donner corps à cette utopie.

    Par ailleurs, ces trente années de l'Autonomie interne ont redonné à l’Archipel et plus précisément aux Grands-Comoriens une dignité, un pouvoir réel avec Conseil de gouvernement, Chambre des députés et capitale en 1962. Cependant, elles ont prorogé un système administratif français fondé sur un fonctionnement trop lourd pour l'économie de cette petite communauté. La France, en pleine croissance économique, a équilibré sans rechigner des budgets certes modestes, mais dans des proportions de plus en plus élevées. Ahmed Abdallah et ses amis pouvaient-ils imaginer véritablement que l’Indépendance impliquait économie, contraintes budgétaires, risques d’instabilité au plan politique et social ?

    Toutefois, l'observateur attentif aurait pu percevoir les prémices du changement : la guerre a privé d'études une génération de Comoriens nés entre 1920 et 1935, aussi une coupure politique nette s'est-elle faite entre les notables et leurs cadets. Une jeunesse contestataire et boursière à Paris, un parti socialiste en accord avec les pensées idéologiques castristes et maoïstes du moment, n'ont pu que séduire les lycéens dans une île sans enseignement supérieur. Ces jeunes intellectuels ont rejeté en bloc modèle occidental, coutumes et religion ; la révolte de janvier 1968 leur a fait prendre conscience de leur force. Il ne leur restait plus qu'à se doter d'un chef charismatique pour faire basculer le destin de l'île.
     

    ([1]) Union Française : articles 60 à 82 du Titre VIII de la Constitution.

    ([2]) Dès son élection à l'Assemblée constituante le 8 novembre1945, Saïd Mohamed Cheikh avait déposé un projet de loi dans l'esprit de Brazzaville pour que l'Archipel obtienne son autonomie administrative et financière.

    ([3]) Le problème de cette dispersion de sièges dans les îles présentait de sérieux inconvénients. Chacun limitait son effort aux affaires propres à son île et les intérêts généraux de l'Archipel étaient négligés. Saïd Mohamed Cheikh, pour y remédier, proposa que l'Archipel ne fasse qu'une seule et unique circonscription, ce qui fut fait par la loi d'avril 1952.

    ([4]) Elle était élue pour cinq ans au suffrage universel et au scrutin de liste majoritaire à un tour, dans le cadre d'une circonscription unique couvrant l'Archipel en entier. En revanche, si à partir de 1958 elle siégeait à Moroni,  l'Administration supérieure restait à Dzaoudzi.

    ([5]) Ils étaient élus par l'Assemblée au scrutin de liste à trois tours sans panachage et sans vote préférentiel, mais le chef de territoire limitait leur nombre à 7.

    ([6]) Les textes disent expressément : « le conseil a la facilité de démissionner et non l'obligation ».

    ([7]) Sa qualité de représentant du Gouvernement de la République conférait au chef de territoire de nombreuses attributions : représentation de l'État en justice et dans les actes civils, c'est-à-dire l'octroi, les dispenses, le mariage, en lieu et place du président de la République (le recours, la grâce), les pouvoirs de police, le pouvoir réglementaire de promulgation des lois et décrets étendus au territoire, la direction des services publics de l'État, le contrôle et la coordination des activités de leurs personnels respectifs. Le chef de territoire veillait essentiellement au respect de la répartition des compétences établies entre les organes locaux et le pouvoir central, en déclenchant, le cas échéant, les procédures de contrôle adéquates.

    ([8]) L'administration des services territoriaux lui conférait une triple tâche :
    - il établissait l'ordre du jour du Conseil de gouvernement qu'il présidait et convoquait l'Assemblée ; - il exerçait dans le Conseil de gouvernement une action régulatrice, une magistrature d'influences ; - il rendait exécutoires par arrêté, les décisions de l'Assemblée, il nommait par exemple les cadres territoriaux sur proposition des ministres compétents du Conseil de gouvernement.

    ([9]) Le député Saïd Mohamed Cheikh déclara à la radio malgache en juillet 1959 : « Nous sommes en retard aussi bien économiquement que socialement, voire culturellement. Il est impossible que nous puissions voler nous-mêmes de nos propres ailes (...) notre devoir serait de réfléchir et d'aller lentement ».

    ([10]) Les élus désiraient le remplacement du scrutin de liste majoritaire à un tour par le système de la proportionnelle, pour que s’expriment toutes les nuances des particularismes locaux ; deux partis, dont l'influence s'étendait sur tout le territoire, dominaient l'Archipel. L'Assemblée serait donc plus représentative de la population et moins sujette à critique de la part de l'électeur.

    ([11]) Il fallait être inscrit sur les listes électorales pour voter. Après 1952, pouvaient voter, sans être inscrits, tous les Comoriens âgés de 21 ans, chefs de ménage ou titulaires d'une pension civile et militaire et les mères de deux enfants morts pour la France. Craignant le poids de l'administration, les élus de 1946 avaient voulu écarter toutes les personnes détenant, à titre quelconque, une fonction d'autorité, ainsi étaient inéligibles les officiers, les fonctionnaires d'autorité, les magistrats, les chefs de service, les comptables en service sur le territoire. En 1952, s'ajoutèrent à cette liste, ministres, présidents d'assemblée en fonction six mois avant l'élection.

    ([12]) Ordonnance du 4 février 1959 n°59-227.

    ([13]) Elle peut statuer sur le régime de propriété, les tarifs douaniers, les obligations commerciales, les tribunaux de droit islamiques.

    ([14]) Ce fut l’aboutissement de multiples interventions au Sénat d’Ahmed Abdallah exprimant le désir des Comoriens d’élargir les compétences de la Chambre des députés. Ce statut de 1968 prévoyait que cette chambre fixât elle-même les modalités du Conseil de gouvernement. Par ailleurs, le président du Conseil de gouvernement devenait le seul chef de l’exécutif local, ses compétences s’affirmaient en matière judiciaire, au plan de la défense et au plan administratif. Responsable de la sécurité intérieure de l’Archipel, il avait à sa disposition une garde territoriale instruite et encadrée par la gendarmerie française.

    ([15]) Ainsi à l'Éducation était affecté un inspecteur français, directeur de l'enseignement, qui coordonnait l'équipe ministérielle ; aux TP, un ingénieur dirigeait les travaux (lorsqu'il y avait financement français, un contrôle était exercé par un ingénieur de même rang du Haut-commissariat, ce qui pouvait quelquefois poser des problèmes de personnes).

    ([16]) Entre 1967 et 1970, le haut-commissaire, d'origine corse, fit venir « ses pays », qui de Brazzaville, qui de Bangui, pour former une confrérie somme toute efficace et, pendant quelque temps, Ntsudjini fut surnommée « Bastia ».

    ([17]) Il devait être réélu après chaque élection générale.

    ([18]) Thierry Flobert pense qu'il s'agit d'un mauvais choix, que le site de Patsy, vaste et aéré, au centre d'Anjouan, aurait mieux convenu. Pourtant les élus anjouanais avaient voté pour le transfert à Moroni, pensant certainement mieux s'opposer à la Société Comores Bambao en dehors d'Anjouan.

    ([19]) Baumer, avant 1943, avait d'ailleurs restauré et construit de nombreuses maisons cantonales.

    ([20]) Flobert cite le fait que le chef de canton doit faire appel à l'instituteur pour remplir les registres d'état-civil.

    ([21]) Pour les notables comoriens de cette période, pratiquer le français devenait impératif pour exercer le moindre pouvoir.

    ([22]) Toutefois ils peuvent suppléer le cadi pour les délits mineurs.

    ([23]) Amdjab Ben Saïd Omar, « Cinq années d'expérience communales aux Comores », Revue Juridique et Politique, Indépendance et Coopération, t. 22, n°2, p. 456 à 461.

    ([24]) La commune de moyen exercice est dotée de la personnalité morale et de l'autonomie administrative et financière.

    (26) Il était nécessaire d'avoir passé six ans aux Comores, dont trois dans la commune, pour être éligible, les migrants, pourtant plus dynamiques que les notables en place, se trouvaient ainsi éliminés.

    ([26]) Comores-Inter, dans les années soixante ne diffusait que quelques courts bulletins d'information et un programme musical insignifiant.

    ([27]) Il était souvent de bon ton, pour le résident européen, de se gausser des proportions de vote favorables à 99 %, lors de certains référendums nationaux. Pourtant, il n'y avait là rien d'anormal. Dans chaque village, les plus âgés et les notables délibéraient avant chaque élection pour résoudre toute question relative au mdji et la délibération ne cessait qu'après l'adoption d'une position unanime. Donc le vote massif par village était la règle, sauf conflit insoluble. Ceci revient à dire que pour contrôler le pays, il fallait contrôler les wanamdji influents.

    ([28]) Par sa mère il descendait d’une lignée de Mtsangadju et son père appartenait à la famille du sultan  Achmet.

    ([29]) À cet égard, le qualificatif unique de « prince » qui le désigne, signifie, dans la mentalité collective des notables, le princeps  latin ou le premier d’entre eux, le chef, le guide. Pour les descendants de l’hinya Pirusa le titre de Prince ne pouvait échoir qu’au neveu de Saïd Ali et non à son fils.

    ([30]) Le MOLINACO émettait 45 minutes par jour, en 1967, sur radio Dar es Salam, il doubla ses émissions, très suivies, en 1968.

    ([31]) Son programme passait par « l'éducation, la formation et la préparation du peuple comorien à retrouver sa dignité, sa souveraineté, sa personnalité nationale pour construire une société socialiste ».

    ([32]) Il fonda, en 1964, à Moroni, le Parti socialiste pour la libération des Comores ; le mouvement fut interdit dans les dix jours et ses responsables renvoyés à Dar-es-Salam.

    ([33]) En 1968, le MOLINACO obtint enfin de l'OUA une prise en considération de ses multiples demandes et l'inscription des Comores sur la liste de la Commission de décolonisation.

    ([34]) En août 1974, à Port-Louis, le délégué français s'opposait à un membre du MOLINACO qui évoquait l'oppression française aux Comores. Sur proposition de la Tanzanie, le représentant français fut exclu et ne siégea qu'en qualité d'observateur.

    ([35]) L'ASEC était héritière de l'ASECAF, fondée par des bacheliers boursiers, aisés et revendicatifs au plan syndical.

    ([36]) Il était distribué la nuit, invectivait souvent la France et signalait tous les passe-droits du système qu'il obtenait par indiscrétions.

    ([37]) Ce type de « billevesées », le remplacement des cultures spéculatives par les cultures vivrières, a la vie dure ; malgré les échecs patents, partout reconnus, notamment en Afrique, une fraction des dirigeants soutient encore ce genre de discours.

    ([38]) D'ailleurs un dicton comorien très imagé signale que « la Grande Comore pense ou palabre, Mayotte s'amuse, Anjouan travaille et Mohéli dort ».

    ([39]) En mai 1959, ce mouvement se transforma en « Union pour la Défense des Intérêts de Mayotte ».

    ([40]) Drapeau français en tête, les femmes mahoraises lui jetaient des pierres en l'injuriant. Le haut-commissaire refusa de décréter “ l'état d'urgence pour cette affaire de cuisine ”. Jamais Saïd Mohamed Cheikh ne revint.

    ([41]) Cette phrase de Messmer, qui fut longtemps le seul argument du MPM, fut le texte de la plaque que Zeina, victorieuse, fit apposer, par la suite, à la sortie de l'aéroport. En outre, il a évoqué la possibilité d’un scrutin par île dans le cadre de l’octroi de l’Indépendance.

    ([42]) Slogan des lycéens durant cette période.

    ([43]) Novembre 1973 : Grève des lycéens pour des passages insuffisants dans les classes supérieures et incendies dans la ville.

    ([44]) Ali Soilihi comme le Prince réfutaient l'option indépendantiste. Ainsi, selon Charpantier, les deux hommes auraient demandé à Paris une aide financière exceptionnelle contre le maintien de l'Archipel dans la République. Il semblerait que Paris ait plutôt choisi l'option Abdallah vers une Indépendance progressive.

    ([45]) L’UDZIMA l’emporta largement aux élections du 3 décembre 1972 : 72 % des voix à Ngazidja, 67 % à Mohéli, 100 % à Anjouan et 19 % à Mayotte.

    ([46]) Action lycéenne du 13.11.73.

    ([47]) Les députés de l'opposition jugèrent ce délai trop long et il fut décidé de ramener la date d'accession à 1976.

    ([48]) Elle fut reprise par Olivier Stirn en octobre 1974.

    ([49]) En novembre 1973, Stasi fut d'ailleurs assailli par les parlementaires RPR chauffés par le lobby mahorais, demandant un référendum où Mayotte puisse éventuellement être transformée en DOM. Stasi, astucieux, insista sur la religion et les particularismes linguistiques de la population mahoraise et évoqua une possibilité de fédération.

    ([50]) Il est impensable qu'un homme comme Michel Debré, qui connaissait intimement la position du général de Gaulle sur l'unité de l'Archipel, reprise par G. Pompidou, ait pu, dans le souci de conserver quelques poussières d'Empire, opter pour la départementalisation de Mayotte, alors que 5 % de la population parlait français, que le prix du pétrole avait quadruplé et que l'on connaissait, par les exemples réunionnais et antillais, le coût élevé d'une telle intégration. Le rôle stratégique de Mayotte, lieu « de passage des pétroliers » ne résiste pas à l'analyse. Ainsi, il n'existe pas de rade en eau profonde (le lagon de Mayotte n'est qu'une nasse qui constituerait une cible privilégiée pour une batterie de missiles même si sa dimension permet d’accueillir la totalité de sa flotte française), et il est malaisé d'intégrer une base militaire d'envergure dans une île peuplée, alors qu'il est plus logique d'user d'îlots vides (Europa, Tromelin, Glorieuses), aménageables comme la base américaine de Diégo Garcia.

    ([51]) J.C. Guillebaud, Le Monde, du 21 décembre 1974.

    ([52]) Le projet de loi d’Olivier Stirn, en octobre 1974, prévoyait une consultation globale de l’Archipel ; son projet fut modifié le 23 novembre 1974 par le parlement à tonalité RPR qui envisageait une consultations des populations, île par île, avec une proclamation globale.

    ([53]) Un journal d'opposition, Sivouzi Za Comori  (Réalité Comorienne), mit l'accent sur cette incompétence. En fait Abdallah avait réussi à affaiblir le MPM. Aux élections générales du 3 décembre 1972, le MPM fut combattu par un mouvement partisan de l'unité, « l'Union pour le Progrès de Mayotte », se fondant sur les jeunes qui n'avaient pas connu la période coloniale. Si le MPM couvrait encore 80 % des voix, 20 % allèrent au jeune parti qui trouva en Ahmed Abdallah un écho favorable. Celui-ci, très habile, poussa un religieux renommé, le Cheikh Saïd Ali Vita, à un pèlerinage dans les villages. Son discours tournait autour de deux thèmes :
           — évincer l'autorité politique des non musulmans, cela visait les dirigeants du MPM (
    Marcel et Martial Henry ainsi qu'Adrien Giraud) ;
           — repli de la femme au foyer et restauration de l'autorité masculine.
    Abdallah favorisa l'implantation d'Anjouanais dans l'île et soutint financièrement le mouvement des jeunes Mahorais de l'Union des Jeunes pour les Progrès de Mayotte[53]. Le résultat ne fut pas si mauvais, puisqu'aux élections législatives de décembre 1973, malgré les consignes d'abstention du MPM, 30 % des électeurs votèrent.
    Se sentant menacé, le MPM agit dans l'illégalité, intimidations et bastonnades devinrent ses moyens d'action : les boutiques liées à Abdallah furent rachetées systématiquement ou boycottées, les biens des partisans du parti unitaire « Serrez les mains»  (ou « Serlamain ») furent mis à sac, symboliquement, il fallait mettre à genoux l'opposant.
    Rq : Cette politique ne fut pas toujours couronnée de succès et les jeunes Mahorais se moquèrent d’Hamed Abdallah voulant les récupérer : « Piu Piu kapara majewi ka ‘avendze, c’est-à-dire : « Piou Piou n’a pas gagné, les jeunes n’en veulent pas ».

    ([54]) Cf. Le Monde  des 13 et 14 mars 1975.

    ([55]) « Un avant-projet de constitution a été préparé à la Chambre... Mais ce projet ne convient pas au président du Gouvernement qui prépare une constitution où le contrôle de l'exécutif serait des plus réduits... On peut craindre une déclaration unilatérale en juillet si le Parlement français négligeait la question des Comores... (elle) ouvrirait la voie à la dictature...». Le Monde , avril 1975.

    ([56]) Dans un premier temps, le voyage d'O. Stirn à Mayotte le 6 février 1975 s'était assez mal passé avec le responsable du MPM. Mais, le 15 mars, Marcel Henry, toujours habile à réunir les foules, accueillait, notables en tête avec turban, écharpes, djoho, cannes d'argent, une délégation du Palais Bourbon de dix députés et six sénateurs ébranlés par tant de ferveur pour le sol français. Y aurait-il une question mahoraise ? Cet accueil somptueux des Mahorais devait coûter très cher à Ahmed Abdallah.

    ([57]) Déclaration à la Chambre des députés :
    -Gerbet :« Il semble que le président Abdallah ne soit plus en situation de dire qu'il a derrière lui la majorité des Comoriens ».
    -Maxime Kalinsky : « Aux Comores, celui qui ne s'aligne pas sur les vues du président Abdallah ne peut prétendre à aucune fonction dépendant du gouvernement...».
    -Max Lejeune : « Pour qui connaît le rôle de M. A. Abdallah, sa notoire incompétence à faire face aux problèmes qui se posent à un nouvel État, il est impossible que l'actuel chef de Gouvernement devienne chef du nouvel État...».
                             Cité par J. Charpantier : Le Jeu de l'Ylang et du Cocotier, 1976.

    ([58]) En réalité, la loi amendée n'est pas si mauvaise mais, selon Marcel Henry, « le projet de loi donne un blanc-seing à Abdallah ». C'est vrai car la loi exige une constitution sans constituante, donc soumise au pouvoir politique d'Abdallah.

    ([59]) Cité par Charpantier, ibidem.

    ([60]) Mohamed Mogne arriva après le vote à l'unanimité, le prince Jaffar et les cinq députés mahorais étant absents.

    ([61]) L'Élysée envoya le télégramme suivant : «...accueille avec sérénité la motion de la Chambre des députés et examinera les conséquences de cette décision ».