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Jean Claude Vallée
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  • Les grandes dates de 1900 à nos jours
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    Martin Bohnstedt
     
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    Histoire des Comores

    Les Comores : La Question de l’Etat Nation

    Par MadameThoueybat SAID OMAR-HILALI
    Ambassadeur, Délégué Permanent des Comores auprès de l’UNESCO

    Le mot nation vient du latin " natio ", dont la signification étymologique du terme évoque l’idée de racines sanguines communes. Nous pouvons affirmer que dans notre cas, les Comores sont tout à la fois une Nation, un Etat, la marque d’un groupe ethnique caractéristique, un Etat Nation.

    Le XIX siècle a reconnu le caractère primordial des nationalités et ce problème a ravagé la plupart des grandes nations, les Allemands les Austro-Hongrois et les Italiens, enferrés dans leurs empires guerriers, autoritaires et multinationaux, ont comme les autres échoué avant de s’effondrer, faute d’une réponse appropriée à ces problèmes capitaux.

    Tous ces pays ont été supplantés par la France, l’Angleterre et la Russie, qui étaient alors marqués par un impérialisme colonial alors qu’ils s’organisaient en Etats souverains.

    Sommes-nous aujourd’hui une nation homogène ?

    Pouvons-nous définir une origine comorienne caractéristique ?

     Quelques historiens européens, ainsi que des politiciens français mêlés à des journalistes de tout bord ont tenté de démontrer le caractère " ambigu " de notre nation, en raison d’un manque d’unité raciale de notre pays durant la période qui a précédé l’indépendance.

     Dans les années 50, le développement du système des Etats Nations a émergé avec force en Afrique, véhiculant un vigoureux espoir. Il était inspiré d’idéaux révolutionnaires. Le vent du changement soufflait sur notre continent, tandis que nos élites discutaient à l’infini, stratégie et liberté, indépendance et dignité.

     Qui sont nos ancêtres, avons-nous des ancêtres communs ?

    Nous faudra-t-il recourir à l’ADN pour prouver notre identité ?

     

    Les réponses ne sont pas immédiates. Il est nécessaire d’entreprendre un travail de fonds, de recherche et d’analyse, que ce soit sur un plan archéologique, linguistique ou historique. Nous devons plus spécialement examiner quatre points particuliers.

    1. La migration bantoue vers l’Archipel des Comores
    2. La migration indonésienne des XI et XII siècle vers les Comores et Madagascar
    3. La condition réflexive des civilisations Shungwaya–Shirazi et Arabo-Swahili à l’intérieur des Comores entre le XI et le XVI siècle.
    4. Le rôle capital joué par les Comoriens dans l’expansion de l’Islam en Afrique Orientale et au-delà entre le XIIe et XVIIIe siècle.

    Les Indonésiens étaient les maîtres des océans. Avec des navires au gréement compliqué, ils parcouraient des milliers de milles de mers agitées. Des comptoirs commerciaux sont apparus en Afrique de l’Est tandis que Madagascar et les Comores voyaient s’installer de nombreux Indonésiens. Ils ont également apporté avec eux une technologie marine. Voici 1000 ans ils maîtrisaient déjà la technique de la pirogue à balancier, le fameux " NGALAWA " . Les Indonésiens rivalisaient avec les marchands arabes qui commerçaient dans la région. Les Proto-indonésiens en se mélangeant avec les populations bantoues des Comores, plus tard islamisées par les Arabes, ont commencé à étendre leur influence, au Nord Ouest et au Nord Est de Madagascar.

     Dans le même temps, les navigateurs comoriens transmettaient aux populations  de l’Afrique Orientale, la technologie marine enseignée par les Indonésiens.

     L’histoire exprime un besoin impératif pour une étude complète de l’identité et de l’origine du peuple comorien et nous exprimons le souhait que des études ethnographiques seront menées en ce sens par des pays de la région qui partagent avec nous les mêmes valeurs culturelles.

     L’arrivée d’une petite communauté religieuse yéménite fut évoquée comme la première source de peuplement de Ngazidja ( la Grande Comore). Ils étaient à la recherche du trône légendaire de la reine de SABA, la Reine Hatshepsut, la reine d’Egypte et d’Ethiopie, qui est caché dans le cratére du Karthala, le plus grand des volcans du monde par son large cratère. La grande diffusion de la civilisation bantoue avait provoqué la migration aux Comores des populations de la côte.

    En navigateurs avisés, les Comoriens ont traversé l’Océan Indien pour atteindre la Côte d’Afrique, Zanzibar, ainsi que l’Arabie et là des motifs religieux s’ajoutaient à l’expression d’une volonté commerciale.

     Ce qui est de notoriété universelle depuis plus de 1000 ans dans notre région, peut nous aider à comprendre et à remonter nos origines en tant que peuple. Au XIIIe siècle, la vague des migrations est venue de la population mélangée de Shirazi et de Shungwaya. Un siècle plus tard, les Comores avaient assimilé cet apport et l’exprimaient en accord avec l’héritage Swahili sur un fond culturel et d’ordre social.

     Toutes ces populations étaient organisées et reconnues, elles ont profondément marqué l’évolution sociale de la société comorienne, on les trouve de Barawa en Somalie à Pate et Kilwa, plaque tournante principale du commerce de l'or et de l'ivoire qui provenaient de l'empire du Monomotapa ainsi qu’aux Comores et dans différents endroits de Madagascar. Quoique diverses, nos origines bantoues, furent unifiés par l’islam, les mariages et le mélange culturel.

    Les influences Shirazienne (Golfe Persique et Shiraz) et plus près de nous les influences Arabe (Sud d'Arabie, Hadramout et Mascate) et Swahili ont enrichi notre vocabulaire avec des mots nouveaux, véhicule indispensable de progrès social et d’échanges commerciaux. C’est durant cette période que le système hiérarchique strict des chefferies apparut avec les Bedjas et leurs successeurs les Fanis. Les descendants des premiers habitants d’Anjouan sont connus comme les Wamatsaha. En 1775, leur leader charismatique, le légendaire TUMPA, fils d’un FANI, a conduit la révolte pour supplanter la dynastie Hassannite et rendre obligatoire les mariages entre les Arabes et les Afro-Shiraziens. Domoni était occupée, Mutsamudu était en état de siège. Tumpa, qui se cachait sous un parapluie rouge, fut tué par un tireur d’élite britannique du corps des marines. L’émancipation culturelle d’Anjouan est encore à parfaire et les mariages qui impliquent différents clans ne sont pas chose commune. Quelques zones de l’île d’Anjouan continuent à mettre en avant leurs origines arabo-shiraziennes et à minimiser leurs racines africaines, tout ceci en partie pour des raisons sociologiques.

    Les langues et les dialectes parlés par les Miji Kenda du Kenya sont de même nature que les variantes linguistiques comoriennes. Kiamu est proche de la variante anjouanais. Les points de repère sont multiples. Ainsi le Shiromani, vêtement apprécié porté par les femmes anjouanaise, était un vêtement de protection traditionnel chez les femmes musulmanes d’Amu.

    Les princes de Pate, d’origine shirazienne, gouvernaient à Anjouan et Domoni était le siège de l’aristocratie. Les dynasties qui ont gouverné les Comores ont développé des relations économiques et sociales. La langue, la culture ainsi que les valeurs islamiques, communément répandus entre Anjouan, Mayotte, Moheli et la Grande Comore forment le socle historique du peuple comorien.

    La localisation géographique de l’archipel des Comores joue un rôle important dans nos relations avec nos voisins ainsi qu’avec les puissances étrangères. D’un côté la Grand Comore fait face à l’Afrique de l’Est et de l’autre côté, Mayotte est proche de Madagascar. L’archipel des Comores commande les voies de passage maritimes du canal de Mozambique. Les flottes européennes, en route vers les Indes, l’Arabie et l’Asie traversaient nos îles. Aujourd’hui cette route est empruntée par les pétroliers qui arpentent nos Mers entre l’Europe et les pays du Golfe Persique.

    Au XVIII siècle, des flottilles de grandes pirogues, barrées par les chasseurs d’esclaves qu’étaient les Sakalava et les Betsimisaraka ont envahi les îles des Comores. Les femmes comoriennes se jetaient des falaises et préféraient se noyer plutôt que d’être capturées. Nos ancêtres refusaient l’esclavage et les expéditions en 1825 cessèrent. Les Comores ont joué un rôle insignifiant dans ce commerce honteux. La dynastie Merina a chassé les princes Sakalava de Madagascar et le dernier de leurs chefs, Andrienatsoule, prit refuge à Mayotte et devint sultan de l’île après sa conversion et celle de ses partisans, tandis qu’en 1841 il était contesté par les comoriens comme un sultan usurpateur, il céda Mayotte à la France.

    La dernière phase de la période Arabo-Shirazienne, de la migration musulmane du XVII siècle a propagé le concept d’Umaa (de umm " la mère ") et de Dâr al Islam " la demeure de l’Islam ", l’Etat Nation islamique. Le Coran et la jurisprudence islamique ne font pas de distinction entre les deux. Notre loi divine et suprême est la Charia. Ce phénomène était également valable dans les pays dominés par les Européens chrétiens, et la séparation entre l’Eglise et l’Etat est toute récente, (en France elle ne date que de 1905).

    Les sultans d’Anjouan se sont eux-mêmes arrogés l’obligation de construire et d’installer un territoire unique et une entité raciale. L’ère des " sultans unificateurs " fut établie bien avant 1400.

    Au XVIIe siècle, des voyageurs européens indépendants rapportent qu' Anjouan était gouvernée par une reine puissante Bweni Fatima qui réclamait la position de chef suprême de l’archipel. En 1614, la vieille reine, fatiguée par les intrigues de la cour, décida de partager la Grande Comore en dix domaines dirigés par des seigneurs. Plus tard ceux-ci furent transformés et devinrent les sept royaumes de la Grande Comore (Ngazidja mfukare). Elle offrit à son fils, le sultan Amar Adel, l’île de Moheli, dont il fit son royaume et où il vécut avec son frère puîné.

    D’après l’historien, Said Ahmed Ali, le Roi Hassanite, le Sultan Ahmed fut proclamé en 1736, en suivant la tradition de ses ancêtres. Il était dit alors que les Comores devaient former une seule et unique nation et être régies par une Monarchie. La dynastie Hassanite introduisit le chafiisme, l’une des quatre grandes écoles de l’Islam sunnite et la population y adhéra de tout son cœur.

    Depuis la première manifestation de l’impérialisme européen dans nos eaux territoriales au XIVe siècle, les tentatives des missionnaires judéo chrétiens pour convertir les populations indigènes d’Afrique au Christianisme ne pouvaient pas trouver aux Comores un terrain favorable. Les Comores étaient déjà organisés en entité islamique cohérente pratiquant un Islam de tolérance.

    En 1886, le Sultan Said Ali bin Said Omar, sultan Tibe, sultan des Sultans de la Grande Comore, fils du sultan Said Omar d’Anjouan, inclus dans l’acte de Protectorat signé avec le représentant français d’importantes et authentiques exigences de souveraineté pour la protection et la préservation des valeurs traditionnelles ainsi que celle de la culture islamique du peuple comorien.

    Le sultan était conscient que, bien sûr, il contractait alors un traité avec une grande puissance chrétienne. L'acte fut écrit alors en deux langues officielles, le Swahili et le Français. L’administration coloniale française respecta l’esprit du traité. Les Comores sont l’une des rares nations islamiques qui ne comptent pas de minorité chrétienne. Le sultan Said Ali était le précurseur du concept de la nation moderne pour les Comores. Il battit les premières pièces de monnaie et établit la juridiction islamique des Kadhis et des Naïbs. La colonisation française balaya cette vision. Le jeune sultan avait étudié durant presque deux ans à l’université AL AZHAR du Caire et fréquenté l’aristocratie égyptienne et les cercles diplomatiques pour acquérir la maîtrise des affaires.

    En s’efforçant de faire un royaume unifié, le Sultan, supporté par la France, fut critiqué pour son usage immodéré de la force et son autoritarisme.

    Au XIX siècle, contrairement aux autres puissances coloniales de la région, la France avait opté pour l’assimilation culturelle et administrative des populations indigènes de ses colonies africaines et orientales. En Afrique de l’Est, les Allemands et les Anglais, pour différentes raisons, ont encouragé le développement et l’enseignement de la langue swahili. Elle est utilisée largement par l’administration locale, les forces armées, et dans les échanges commerciaux, elle fut adoptée comme langue officielle par les trois Etats d’Afrique de l’Est après leur accession à la souveraineté. Quelques linguistes

    auraient même préféré voir le comorien utilisé en tant qu’authentique langue swahili. Les recherches comparatives sur le plan de la philologie et de la linguistique sont nécessaires pour définir leur ressemblance et leur complémentarité.

    Aux Comores, en raison de la politique officielle du pouvoir colonial français, la langue locale fut ignorée. Très timidement l’enseignement du français fut introduit. Le système hiérarchique jacobin présentait un nouveau concept pour diviser le peuple. Seuls les fils des nobles et de l’élite social avaient accès à un système éducatif limité tandis que les enfants des classes défavorisées étaient exclus du système.

    Dans l’identification du sentiment national, la langue écrite et parlée, ont joué un rôle très fort, suscitant une unité d’opposition à la colonisation française. L’administration française a promu la culture de la classe dirigeante aux dépens de la culture populaire.

    Toutefois, notre culture commune et l’islam ont évité aux comoriens de sombrer dans l’anarchie interne. Il est bien sûr exact que la France a établi le concept moderne de l’Etat nation des Comores. Il n’y avait pas d’opposition des iliens parce que ceci était considéré comme évident. L’administration coloniale ne fit rien pour que l’entité territoriale s’unifie avec une seule langue comorienne . Les intérêts stratégiques français étaient essentiellement concentrés sur Madagascar la plus belle des colonies au détriment des Comores.

    L’élite politique, dirigeant le mouvement nationaliste, n’utilisait pas le discours des colonialistes pour revendiquer ses origines. La mobilisation des masses fut accomplie par l’utilisation du comorien et le pouvoir colonial a accepté le principe d’accorder l’indépendance aux Comores.

    En 1972, un vote de l'Assemblée territoriale comorienne remplaçait le Prince Said Ibrahim qui était alors Président du Conseil du gouvernement local, par Ahmed Abdallah. Le prince Said Ibrahim, leader d’un parti politique qui incluait la plupart des personnalités politiques mahoraises, conscient des risques et des dangers de sécession de Mayotte, lançait un appel pour l’indépendance, et plaida auprès de ses compagnons gaullistes qui à Paris exerçaient le pouvoir, pour organiser correctement l’accession des Comores à la souveraineté. En 1972 le nouveau Président élu, Ahmed Abdallah, fut mandaté par la nouvelle Assemblée pour négocier avec le gouvernement français l’indépendance des Comores. En France, le Ministre des Départements d’Outre Mer, Monsieur Pierre Messmer accéléra le processus. Jacques Foccart, le puissant Secrétaire Général de l’Elysée en charge des pays africains, avait convaincu le Président Pompidou d’accepter de préparer l’accession des Comores à l’indépendance d’une manière responsable, Foccart écrit dans ses mémoires : " Après sa disparition, le processus sera accéléré, et les Comores abandonnées à leur sort, sans moyens, en 1975… " Sur la question de l’amputation de Mayotte de cet ensemble et s’il était déjà envisagé de la maintenir sous souveraineté française, il ajoutait " il a ses partisans, Messmer veut organiser un référendum île par île, qui permettrait à Mayotte de rester française. Debré va jusqu’à imaginer une espèce de confédération d’îles et d’îlots dont chacun pourrait négocier avec la France des accords particuliers. Je suis toujours fermement partisan de maintenir l’unité de l’archipel ".

    Le lagon de Mayotte, qui fait près de 1500 Km2, fut très utile durant la guerre froide. Le Japon durant les deux guerres mondiales avait occupé les Iles CHUUK (situées dans la Fédération de Micronésie)qui s’étalaient sur 128 Km2. La flotte impériale japonaise s’était alors réfugiée dans le lagon de Truk, le plus grand du monde, (2000 Km2 à l’intérieur de la barrière de corail). Les temps ont changé et la France l’a noté. L’archipel des Comores au-delà de l’exploitation d’un potentiel touristique fort et reconnu, original dans chacune des îles peut et doit devenir un Centre Commercial International, un trait d’union entre le Monde arabe, l’Afrique de l’Est, l’Asie et les Pays du Nord. Les Comores doivent devenir une zone de protection de l'environnement qui doit être une vertu cardinale de notre développement, notamment en raison de la fréquentation intense du canal de Mozambique par les pétroliers. Les Comores doivent exploiter de façon rationnelle les richesses maritimes, la pêche aujourd’hui, les nodules et les gaz méthaniques demain.

    Il faut définitivement tourner la page des incompréhensions et des contre sens et ouvrir de nouvelles perspectives de coopération au bénéfice des Comores et de la région. Il ne faut pas perdre de vue que les Comores font partie de la zone de la Commission de l'Océan Indien. et notre avenir dans une économie qui se mondialise dépend tout autant de nos liens avec l’Europe et le Monde Arabe et de notre intégration dans l'espace naturel de la COMESA et de la SADEC.

    Les semences de la discorde et de tous les périls étaient donc plantés. Il ne faut pas chercher ailleurs l’origine de la crise actuelle et celle-ci se terminera seulement avec l’implication complète de la France et de la Communauté Internationale pour donner aux Comores une nouvelle chance.

    Le Président français Jacques CHIRAC et le Premier Ministre Lionel JOSPIN ont ensemble admis que la politique d’assimilation avait échoué. Ils ont également affirmé que le système administratif départemental avait montré ses limites. Ils ont refusé d’offrir à Mayotte la possibilité d’entrer de plain-pied dans la République française en raison de son héritage commun à la fois social et culturel, avec le reste de l’archipel, sur les divers aspects de l’islam, de la langue, de la loi islamique et de la polygamie... Les leaders mahorais néo-colonialistes se sont sentis trahis par le gouvernement français et s’opposeront au projet de référendum de Juillet 2000 qu’ils qualifient de coquille vide. Ils craignent que Mayotte ne doive demain réintégrer la fédération des Comores. Une nouvelle génération d’authentiques dirigeants mahorais est en train de naître et ils devront apprendre à méditer les erreurs du passé.

    La France semble vouloir encourager la réintégration graduelle de Mayotte à l’intérieur de l’ensemble naturel de l’archipel des Comores. Les leaders mahorais authentiques devraient exprimer leurs motivations pour faire de l’archipel des Comores une zone de solidarité, de paix et de coexistence pacifique, et devraient dénoncer et expulser les conspirateurs internationaux et les éléments racistes qui poussent à la désintégration des Comores et des autres pays de la région. A long terme, la réintégration de Mayotte dans son ensemble comorien peut être envisagée sur la base de l’exemple chinois " Une Chine, Deux Systèmes ". La France n’a pas l’intention d’apparaître contredire la loi internationale sur cette question durant bien longtemps.

    L’échec des gouvernements successifs d’adopter une langue comorienne officielle le " Shikomor " fragilise la consolidation de la conscience nationale. La prolifération récente de l’enseignement des variantes linguistiques comoriennes dans les Universités françaises a curieusement joué un rôle dans l’émergence du nationalisme insulaire ethnique qui prétend démontrer le caractère hétérogène de la nation comorienne. Les facteurs économiques et sociaux qui ont contribué à la présente crise d'Anjouan ne seront pas traités ici.

    Mon intention a été de démontrer le besoin pour les Comores de promouvoir son identité culturelle troublée et d’affirmer avec rigueur l’existence d’une identité comorienne commune et d’un sentiment national.

    La conscience nationale de la France s’est faite, dans la dernière décennie du XIXe siècle grâce à la langue, l’unification du français, et aux habitudes nationales. Pour être plus clair, la transformation des paysans en Français devint une réalité après l’introduction de l’école obligatoire pour tous, après l’unification des habitudes et en raison des migrations laborieuses interrégionales et bien sûr le service militaire, l’éradication des querelles de clocher, la suppression des conflits religieux ont conduit à l’éveil d’un patriotisme suprême.

    La nature coloniale de la démocratie représentative et les systèmes de représentation populaire qui ont suivi la période de l’indépendance étaient fondés sur l’idée que les intérêts des élus influaient en retour sur les aspirations vitales et les besoins du peuple. Cependant, pendant plus de 40 ans, en raison d’un système perverti et non démocratique, le processus a seulement démontré ses limites. La bureaucratie s’est condamnée en amenant les citoyens à poursuivre leurs propres intérêts égoïstes.

    L’émergence d’un système tripolaire regroupant les hauts fonctionnaires, les politiciens et les groupes de pression intérieurs et extérieurs aux dépens des intérêts nationaux a provoqué la cassure de la confiance entre les élites de l’Etat et les citoyens (les WANANTSI). La pratique du fonctionnement comorien requiert un complet renversement de tout cela afin que la population adhère aux nouveaux concepts de décentralisation et à des objectifs économiques ambitieux.

    Un élève demanda un jour à Confucius "quelles sont les conditions à remplir pour mettre en place un Etat ? " Le Maître répondit "l’économie, l’armée et la confiance ". L’élève continua "si pour former un Etat, on ne dispose que d’un seul de ces trois éléments lequel est le plus indispensable ? " Confucius répondit : " la confiance ". La diversité ne s’épanouira dans nos îles qu’après l’affirmation de cette confiance.

    Après la chute du Général SUHARTO, la fédération d’Indonésie composée de 13000 îles, de centaines de groupes ethniques, est soumise à la pression de plusieurs mouvements séparatistes. Dans les îles Moluques riches en minerais, les musulmans et les chrétiens sont impliqués dans une guerre civile. Le mouvement ACEH a combattu l’armée fédérale. La région a été déclarée par le gouvernement "zone spéciale de combat ". Dans la région du Kalimantar occidental, région riche en bois, des groupes d’indigènes Malais et Dayaks, font la guerre contre des colons de l’île de Madura.  Dans la province de Irian Jaya les indigènes Papouans sont opposés à la politique gouvernementale officielle d’encouragement les migrants des zones à forte densité à s’installer là. Le gouvernement a développé des investissements majeurs en infrastructures, dans le domaine minier et le domaine aurifère. Les Papouans réclament leur indépendance. Le cas indonésien peut être compris et le gouvernement nouvellement élu du Président WAHID a refusé d’accorder les indépendances réclamées. Le Timor Oriental n’a jamais fait partie de l’Indonésie indépendante.

    Dans l’archipel des Comores, il n’y a ni division sociale, culturelle ou raciale. Il n’y a pas de diversité ethnique et pas de présence de minorité ethnique sur notre territoire national. Les comoriens ne souffrent d’aucune différence biologique.

    Quel est alors le fondement de la volonté d’indépendance d'Anjouan et de la création d’un système confédéral de gouvernement constitué des territoires indépendants unis des Comores ?

    Une récente étude effectuée par un sociologue afin de déterminer les motivations des anjouanais a révélé les points convergents suivants :

    • Anjouan condamne la forme de gouvernement tyrannique du passé et la mauvaise gouvernance.
    • Anjouan veut jouir d’une autonomie institutionnelle et administrative .
    • Anjouan veut gérer ses quotas de bourses internes et externes.
    • Anjouan devrait être autorisée à développer sa propre coopération avec l’extérieur afin de satisfaire ses besoins économiques et sociaux.
    • Anjouan veut que ses cadres soient également représentés dans les missions diplomatiques étrangères.

    Les observations ne révèlent pas le rejet du modèle fédéral, mais mettent l’accent sur le besoin de modifier radicalement l’application grossière du pouvoir excessif du gouvernement supranational installé à Moroni. Le principe d’autodétermination pour réaliser l’indépendance nationale et la souveraineté ne représentent pas une aspiration insulaire mais apparaît comme une pure manipulation contre "l’hégémonie des grands comoriens". A l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle libre et démocratique de 1996, trois candidats originaires de la Grande Comore obtiennent plus de 70% des voix d’Anjouan. Au second tour, le Président Taki a obtenu un meilleur score à Anjouan que dans son île d’origine. le Président Ahmed Abdallah, originaire d’Anjouan, a toujours écrasé ses rivaux de la Grande Comore dans les élections nationales.

    Le développement d’Anjouan sera assuré par les anjouanais eux-mêmes et il est regrettable que certains leaders séparatistes, plus que jamais marchands d’illusion, pour exploiter complètement les esprits de nos pauvres citoyens, font croire qu’un pouvoir étranger respectable les délivrera de leur regrettable état de sous développement. La misère est une agression quotidienne à laquelle nous devons répondre par la mise en place d’institutions décentralisées simples qui correspondent aux besoins nouveaux exprimés avec force par le peuple. Le respect du droit doit se diffuser chez chacun d’entre-nous comme un principe fondamental afin qu’y contrevenir apparaisse comme un crime et soit sanctionné comme tel. Le gouvernement français a déclaré de manière constante son plein appui à l’intégrité territoriale de la Fédération des Comores et s’est d’ailleurs aligné sur les résolutions de l’OUA.

    L’échec du système fédéral exécutif des Comores fut causé par l’incapacité de la pseudo fédération unitaire mise en place pour réconcilier et administrer la diversité sociale. Exemple de sécession ou de fragmentation dans les pays du tiers monde, avec un record de déficit démocratique, a conduit certains à prétendre que le système fédéral de gouvernement ne fonctionnera réellement que dans les pays où les valeurs démocratiques et le règne de la loi prévalent. Pour être plus précis :

    • leur échec peut être attribué davantage à leur caractère non démocratique plutôt qu’à leur caractère fédéral.

    Ceci suppose que des processus démocratiques complets sont un préalable fondamental à des organisations politiques de type fédéral ou confédéral. Des exemples historiques sont constitués par la Suisse, les U.S.A et l'Union européenne. Dans le cas des Comores, la crise pendante procède davantage des différences des circonscriptions administratives en zone rurale, au niveau de la population et du niveau de vie, que des relations des circonscriptions entre elles. Les disparités substantielles de développement physique et de la richesse relative entre les habitants des quatre îles sont devenues la pomme de discorde qui s’est transformée en instabilité chronique et alimente la propagande démagogique des mouvements séparatistes. Il faudra introduire une répartition parfaite entre toutes les îles. L’équité est plus exigeante que la justice. Le modèle fédéral devra prendre en compte les besoins de toutes ses composantes : Les investissements, les créations d’emplois, l’effort d’éducation devront être harmonieusement répartis.

    Dans ce contexte, la question de Mayotte, l’Eldorado des Comores, mérite un examen attentif. Des milliers d’anjouanais innocents ont péri dans les mers agitées en essayant de rejoindre Mayotte.

    En 1978, les nouvelles autorités politiques ont décidé de restructurer l’Etat unitaire en un système fédéral exécutif sans examen sérieux préalable de toutes les conséquences. Le coût économique élevé de gestion des divers niveaux du gouvernement était l’une des principales raisons retenues par le Président Abdallah pour modifier le caractère démocratique des institutions. Quoique les Comores soient une mono-fédération qui ne compte qu’une seule nation, le gouvernement se devait d’être conscient que l’organisation fédérale était liée à la séparation des pouvoirs entre les différents territoires, nous pouvons écrire que la séparation des pouvoirs est le point de départ du fédéralisme, mais n’est pas sa finalité.

    Les Comores sont l’un des pays les plus pauvres du monde. Nous devons adopter la culture du respect de la loi et vivre dans un monde de droit. La sécession d’Anjouan représente une menace sérieuse pour la cohésion des Etats d’Afrique. D’ailleurs comme beaucoup l’ont compris cette sécession était en même temps inspirée par l’extérieur et générée par des forces internes. La charte de l’OUA est menacée. L’article II, pierre angulaire fondamentale de la charte a été ouvertement bafoué.

    Art II Section 1

    1. Promouvoir l’unité et la solidarité des Etats africains
    2. Défendre leur souveraineté et leur intégrité territoriale

    Les préoccupations permanentes de cette organisation panafricaine était de clore la boîte de pandore exotique que sont les Comores. L’article V stipule, concernant la non-discrimination.

    " Tous les Etats membres doivent jouir de droits égaux et avoir des devoirs identiques ". Nous avons le devoir de respecter la charte.

    Les Comores sont un pays souverain et un membre à part entière de l’O.U.A., de l'organisation des Nations Unies et de la Ligue des Etats Arabes. L’Afrique est toujours hantée par les souvenirs tragiques des périodes de sécessions du Shaba et du Biafra. A mon humble opinion aucune guerre n’est juste. Mais malheureusement des guerres sont lancées et parfois justifiées. Il fallait battre Hitler. Les guerres contre le pouvoir colonial étaient des luttes de libération nationale parfaitement légitimes. En 1990 le Président du Yemen Ali Abdallah Saleh a dû utiliser la force pour écraser la sécession du Sud Yemen.

    Les résolutions constantes de l’OUA ont conduit à empêcher la reconnaissance d'Anjouan et toutes les manœuvres du mouvement séparatiste pour établir sa souveraineté officielle ont été sabordées par la communauté internationale. L’OUA a noté avec regret le refus des anjouanais de mettre en œuvre l’un quelconque de ses engagements pris au sommet d’Addis Abeba (10-13 Décembre 97) ainsi qu’à l’occasion du schéma d’accord de Moheli (27-28 Février 98).

    En Juin 1998, l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement a décidé en suivant la proposition de la 68e Session ordinaire du Conseil de Ouagadougou de désigner l’Afrique du Sud en tant que coordinateur régional des efforts en vue de restaurer la paix aux Comores. A l’occasion du sommet des non alignés qui s’est tenu à Durban le 1er Septembre 1998, une rencontre interministérielle des pays de la région, en marge du sommet, ont convaincu le Président Nelson Mandela, dans une dernière tentative de résoudre la crise de façon pacifique, d’organiser une rencontre entre le Président Mohamed Taki Abdulkarim et le leader des séparatistes anjouanais.

    Le destin en a décidé autrement. Le Président Taki est mort dans la nuit du 5 Novembre 1998. La disparition de Taki, pourtant considéré par le parti séparatiste comme le principal obstacle aux négociations n’a pas modifié leur intransigeance irrationnelle.

    Dans un interview inhabituel accordé par le Colonel Said Abeid, coordinateur national du mouvement séparatiste, à l’officieux AL WATWAN le 1er Juillet 1999, ce dernier déclarait que " l’accord de Tana sera signé malgré ses imperfections ". Le cadre général de l’accord de Tananarive fut signé le 28 Avril 99 dans la capitale de Madagascar par toutes les parties comoriennes, le Secrétaire Général de l’OUA et la Communauté Internationale, à l’exception la partie anjouanaise, qui a demandé un délai spécial afin d’en référer à sa population ".

    Dans cette même interview, le Colonel Abeid ajoutait : "  une délégation est partie à Tana avec des observateurs anjouannais. Un discours a été fait par le docteur ZAIDOU, qui stipulait qu’il demandait un report de signature. Moi je me base sur cette phrase. Cela veut dire que j’étais d’accord au départ pour signer cet accord. Mais il fallait d’abord venir en expliquer le contenu à la population ".

    Le 30 Avril l’Armée des Comores a pris le pouvoir et mis fin au gouvernement civil intérimaire du Président Tadjedine ben Massonde, en raison de son apparente incapacité à maintenir l’ordre public à la suite de sérieuses explosions de violence entre les comoriens d’Anjouan et ceux de la Grande Comore. L’Armée nationale, cependant, a réaffirmé sa foi dans l’accord de Tananarive. Et c’est ainsi que le chef de l'Etat, le Colonel Azali Assoumani a affirmé que " l’armée n’avait pas pour vocation de  s’éterniser  au pouvoir ".

    Le 21 Décembre 1999, l’OUA a invité la partie anjouanaise à signer l’accord de Tananarive avant la fin Février 2000, sinon des sanctions graduées seraient appliquées. Des sanctions globales ont été mises en place et les anjouanais continuent à renier leurs promesses et à défier le bon sens.

    La prochaine assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement se tiendra à Lomé, capitale togolaise, du 10 – 12 juillet 2000. Les principes énoncés dans l’accord de Tananarive seront alors réaffirmés avec force. Il n’y a qu’une seule solution pour un règlement honorable et durable de la crise comorienne et c’est bien sûr la mise en œuvre de cet accord. Le mouvement séparatiste ne peut pas et ne devrait pas être autorisé à appauvrir l’indépendance des Comores.

    Quel que soit le résultat du sommet, dans l’analyse finale, ce sera aux comoriens eux-mêmes de prendre en main leurs propres problèmes sur la base des aspirations légitimes des îliens. Les conflits nationaux sont réglés entre les parties lorsqu’ils sont mûrs pour cela, et peut être bien que c’est la fatigue qui indique qu’il est temps de conclure. Les disputes internes à l’intérieur du mouvement séparatiste ont conduit l’Ile au seuil d’une terrible guerre civile l’an passé. Anjouan a été " somalisée " par les seigneurs de la guerre et aucune forme d’opposition n’est désormais tolérée. L’ordre doit être restauré pour permettre l’organisation d’un tour de table constitutionnel.

    Le cadre général de l’accord de Tananarive contient les éléments essentiels pour réconcilier des aspirations qui oscillent entre le fédéral et le confédéral. Tout ceci est hybride et s’exprime ainsi parce que et seulement parce que les hommes qui nous gouvernent sont davantage intéressés par des solutions d’intérêt personnel que par une pureté théorique.

    Il y a un espace considérable à remplir avant d’aboutir à une décision positive comme les différences entre les fédérations existantes l’expriment et le démontrent clairement.

    Le combat de demain sera celui de la bonne gouvernance, de la lutte contre la pauvreté et la corruption. L’équilibre économique de l’Etat est à portée de main. Ce sera difficile car la lutte contre la pauvreté exige d’abord que nous vainquions le pire de nos ennemis et celui là nous le connaissons bien, c’est de nous même qu’il s’agit : " la grande fîtna " .

    MadameThoueybat SAID OMAR-HILALI
    Ambassadeur, Délégué Permanent
    de Comores auprès de l’UNESCO,
    Ancienne Elève de l’Institut des Langues Orientales (Paris)
    Ancienne Auditrice du CHEAM (Paris)

     Juin 2000 * ce texte n'engage que la responsabilité de son auteur